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Quelle alternative au pacte de responsabilité ?

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François Hollande a promis un virage. Après le Cice, voici le pacte de responsabilité. L’Etat s’engage à alléger de 30 milliards les charges des entreprises , afin de favoriser l’investissement et l’embauche – sur lequel les patrons devraient prendre des engagements. Ce coup de fouet attendu à la compétitivité de notre appareil productif, qui s’est fortement dégradé, devra être financé non par une nouvelle hausse d’impôts sur les ménages, mais par un plan d’économie des dépenses de l’Etat de 50 milliards . Je rappelle que la dépense publique, dans notre pays, atteint 1 151 milliards d’euros, afin de ramener les choses à leur juste proportion.

On a parlé de conversion du président à la social-démocratie. Mais qui, connaissant l’histoire personnelle de François Hollande, sa fidélité envers Jacques Delors, pouvait imaginer qu’il épouserait une ligne de rupture avec le capitalisme ? Une politique de sortie de l’euro ?

Les socialistes suédois, les premiers en Europe à avoir gouverné un pays selon la ligne sociale-démocrate, dès les années 30, la définissent par le fait que l’Etat se garde d’imposer ses solutions aux conflits sociaux. Il favorise les négociations directes entre représentants de salariés et représentants des employeurs . Avant même la prétendue « conversion » du président, deux avancées majeures, quoique peu remarquées, ont eu lieu par cette méthode, à l’initiative du gouvernement : l’Accord national interprofessionnel 2013 , qui va permettre à notre pays de s’engager sur la voie de la flexsécurité elle a fait ses preuves chez plusieurs de nos voisins. L’Accord du 14 décembre dernier sur la formation professionnelle , qui dotera les salariés d’un compte personnel de formation portable.

Pourtant, il y a bien une manière de tournant, si l’on considère les premiers mois du quinquennat. Un tournant vers « l’économie de l’offre ». Une renonciation aux anciennes politiques socialistes de relance par la consommation, qui se sont toujours traduites par une forte dégradation de notre balance commerciale et un regain d’inflation. Mais le gouvernement avait-il vraiment le choix ?

Les hausses d’impôts ont sans doute atteint une limite . Avec un taux de prélèvements obligatoires de 46,5 %, cette année nous serons le deuxième pays le plus imposé d’Europe derrière le Danemark. Du coup, l’impôt commence à rentrer mal. On risque le refus de l’impôt et le basculement dans l’économie grise. Nous taxons les revenus du capital à 44 %, deux fois plus que l’Allemagne (22 %) . Et surtout, la France est le champion européen de l’impôt sur les sociétés, avec un taux de 36,1 % contre 29,8 % en Allemagne. Du coup, les capitaux fuient notre pays. Les Investissements directs étrangers ont chuté de 77 % en un an , tandis que ces mêmes capitaux affluent en Allemagne, et en Grande Bretagne, où ils permettent de créer des emplois.

Les investissements des entrepreneurs français stagnent, tout comme la consommation des ménages – ( 0,1 %, l’an dernier). C’est une première, dans un pays habitué à une progression moyenne proche de 5 % l’an, au cours des trente dernières années. C’est la preuve que notre fameux modèle entraîne une panne générale et une fuite à l’étranger des créateurs d’entreprises. Nos seuls espoirs de renouer avec la croissance dépendent de l’ampleur de la reprise chez nos voisins. Nos mauvais choix passés nous ont fait perdre notre souveraineté économique.

Dans un tel contexte, freiner les dépenses publiques s’avérait, en effet, la seule politique possible. Ce n’est ni social-démocrate, ni social-libéral, c’est juste la seule option qui restait sur la table. Parce que la France n’est pas seule au monde elle fait partie de l’Union européenne et partage la même monnaie que des pays qui ont ramené leurs comptes publics à l’équilibre, tout en ayant des taux d’imposition sensiblement plus bas que les nôtres et qu’ils ne toléreront pas longtemps que nous profitions de la fiabilité de l’euro pour continuer à nous endetter jusqu’à la faillite.

Vous avez prévenu que vous ne voteriez pas la confiance au Pacte de responsabilité. Mais la France a-t-elle le choix ? Connaissez-vous des alternatives réalistes ?

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