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Qu'est-ce qu'une justice de gauche ?

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La justice sera, nul n’en peut douter, l’un des grands chantiers du quinquennat. La politique pénale ayant été l’un des secteurs d’activité du gouvernement précédent qui a le plus focalisé les critiques de l’opposition de gauche, on peut donc s’attendre à ce que celle-ci, parvenue au pouvoir, opte pour une théorie et à une pratique radicalement différente. Vous vous êtes révélé l’un des critiques les plus argumentés de la politique sécuritaire de l’ancienne majorité – on se souvient de votre « essai sur le populisme pénal, La volonté de punir » (2005) vous êtes très écouté à gauche : on peut s’attendre à ce que les idées que vous avez développées, Denis Salas, inspirent l’action du nouveau gouvernement.

Passons sur le cafouillage politique qui aura marqué les premiers pas de la gauche au pouvoir dans ce domaine, avec le rapide divorce survenu entre les deux têtes du ministère. La ministre déléguée à la Justice, Delphine Batho, n’a pas trouvé sa place aux côtés de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira. « Je n’ai pas d’attributions précises » et « je me demande pourquoi j’ai été nommée », se plaignait Delphine Batho. Enfin, Delphine Batho n’a pas été jugée inapte à une fonction ministérielle, puisqu’elle a été promue, lors du remaniement, ministre de l’Environnement.

Dans l’interview qu’elle a donnée au Parisien, vendredi dernier, la ministre, Christiane Taubira dévoile les grandes lignes de ce que sera son action à la tête du ministère de la Justice. Voyons, Denis Salas, si vous y retrouvez vos idées.

Comme vous-même, la Garde des Sceaux déplore « l’empilement de textes législatifs » , votés « sans aucun souci de cohérence », par la majorité précédente. Vous-même avez dénoncé la multiplication de lois pénales, votées à des fins électorales et finalement peu appliquées, puisque juges et policiers trouvent celles dont ils ont besoin dans l’arsenal judiciaire à leur disposition.

La Garde des Sceaux, consciente de l’hostilité réciproque qui s’était installée entre l’ancien président de la République et la magistrature, entend rétablir le dialogue et la confiance. Mais, vous le savez bien, les juges sont trop peu nombreux, surchargés de tâches qui ne devraient pas leur revenir … et les finances de l’Etat insuffisantes pour permettre des créations massives de postes de magistrats. Ne serait-il pas temps de recentrer les juges sur leur « cœur de métier » et de les renforcer par des équipes d’assistants qui les déchargeraient des interventions qui relèvent du travail social ?

Comme vous-même, la Garde des Sceaux est hostile aux peines planchers et pour les mêmes raisons : les récidivistes, explique-t-elle, sont plus nombreux parmi les personnes condamnées ayant été effectivement incarcérées que parmi celles qui ont bénéficié de la liberté conditionnelle. Philippe Bilger, l’ancien avocat général, n’est pas du même avis. Sur son blog, il écrit que si l’assassin des deux gendarmes de Collobrières, s’était vu appliquer la peine plancher de deux ans de prison et non le sursis probatoire de 3 ans dont il a finalement écopé devant le tribunal correctionnel de Toulon le 13 dernier, les deux jeunes femmes « auraient été sauvées ».

Sur les tribunaux correctionnels pour mineurs , vous êtes là encore sur la même longueur d’onde que la ministre : suppression. Une partie de l’opinion se demande pourtant, avec François Bayrou, si les jeunes délinquants d’aujourd’hui, entre 16 et 18 ans, sont encore des enfants à protéger, plutôt qu’à punir.

Enfin, je ne trouve pas d’écho, dans l’interview de Christiane Taubira à vos propres critiques contre « le parti-pris pour les victimes » que vous attribuiez à Nicolas Sarkozy. Ce positionnement constituerait, selon vous, « un dévoiement de la justice ». Vous avez dit que « la justice ne doit pas opposer les uns (les victimes) aux autres (les agresseurs), mais faire vivre chacun dans un idéal d’égalité de traitement devant la loi. » C’est une idée qui passe mal dans l’opinion. Beaucoup estiment, au contraire, que l’Etat, dont l’une des missions essentielles est de protéger les citoyens contre l’injustice, mais aussi contre le vol et la violence, doit prendre parti et se tenir aux côtés de la victime. J’aimerais comprendre en quoi cette idée relèverait d’une conception de droite de la justice ?

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