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Questions santé

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Il est facile de proclamer que la santé est un droit et que l’accès aux meilleurs soins disponibles doit être le même pour tous. Il est courant d’entendre soutenir que l’augmentation des dépenses de soin entraîne automatiquement une amélioration proportionnelle de la santé de la population. Mais le rappel périodique de grands principes abstraits, l’invocation rituelle des pères fondateurs et des textes sacrés ne sauraient tenir lieu de politique.

D’une part, notre système de santé n’est certainement pas aussi égalitaire qu’il le prétend d’autre part, des économistes ont démontré que l’augmentation des dépenses de soin ne se traduit pas automatiquement par une amélioration globale de la santé d’une population et par l’augmentation de son espérance de vie. Enfin, nous le savons à présent : les ressources financières disponibles seront limitées.

Egalité ? Ecoutons le professeur Guy Vallancien : « nous ne voyons pas que la médecine française est à dix vitesses. Selon la porte du cabinet médical, du dispensaire, de la clinique, de l’hôpital à laquelle vous frappez, vous serez plus ou moins bien pris en charge. Votre niveau d’information, vos relations, vos moyens financiers déterminent totalement le chemin que vous aurez à parcourir comme malade. » (La santé n’est pas un droit, p. 39)

Augmentation des dépenses de soin et espérance de vie ? Voici ce qu’en pense Jean de Kervasdoué : « Au-dessus de 7 % de la richesse nationale consacrée à la médecine, il ne semble pas que plus de médecine conduise systématiquement à plus de santé . Certains pays dépensent peu et ont une longue espérance de vie, d’autres, au contraire, dépensent beaucoup et vivent moins longtemps. » (Très cher santé, p. 17)

Les dépenses de soin stricto sensu absorbent aujourd’hui, en France, plus de 9 % du PIB . Problème : ce pourcentage est en augmentation constante notre consommation de soins progresse plus vite que notre PIB ; et c’est nécessairement au détriment d’autres postes budgétaires, comme par exemple l’éducation…. Et l’on peut parier que l’apparition de technologies médicales de plus en plus sophistiquées et coûteuses ne va certainement pas ralentir le rythme de progression de ces dépenses.

Plus grave encore, une partie de ces dépenses n’est pas financée et vient aggraver l’endettement de nos administrations publiques – ce qui est indéfendable : nous ne saurions faire payer nos soins d’aujourd’hui par nos descendants, demain.

Il faut donc ouvrir le débat sur la santé, comme nous avons enfin ouvert le débat sur les retraites : avec lucidité et sérénité.

Osons quelques pistes : la politique de santé, dans notre pays, est centrée sur le soin la prévention est négligée : faut-il inverser les priorités et consacrer davantage de moyens à prévenir ?

La Sécurité sociale couvre 78 % des dépenses de soin et ce, de manière assez constante au fil des années mais cette stabilité masque la montée en puissance des affections de longue durée (ALD, telles que cancer, diabète, sida, Alzheimer…) : faut-il sanctuariser ces ALD et transférer à l’assurance les « petits maux » , ou, au contraire, fixer un plafond aux dépenses d’ALD ?

Faut-il basculer une partie de la couverture maladie vers les assurances complémentaires , quitte à rendre celles-ci obligatoires ?

Nos médecins, hyper-formés, sont amenés à pratiquer quantité d’actes qui ne requièrent pas un tel niveau de qualification pourquoi ne pas les en décharger au bénéfice d’un corps d’assistants médicaux , à créer ?

Notre étrange système articule une offre libérale des soins - libre choix du praticien et libre installation des médecins sur le territoire -, avec un système de financement qui est, lui, socialisé faut-il cesser de jouer ainsi sur les deux tableaux ?

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