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Questions sur l'Iran

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Sur les élections iraniennes du 15 juin, sur la diplomatie de l’Iran et sa situation politique intérieure, je confesse avoir beaucoup consulté - et compris bien peu de choses. « Vers l’Orient compliqué, je volais avez des idées simples », on connaît la fameuse maxime du général de Gaulle. Il est peu de grands pays du Moyen Orient où elle trouverait une confirmation aussi éclatante. Plutôt que de me risquer à des assertions susceptibles d’être rapidement démenties, je préfère me cantonner prudemment, ce matin, à une série de questions.

Première question : l’Iran veut-il ou non la bombe atomique , ainsi que les moyens d’en menacer effectivement ses voisins ? Voire de l’employer contre eux, comme le président sortant Ahmadinejad l’a fait, en déclarant notamment que « la tumeur cancéreuse d’Israël (allait) bientôt disparaître ».

Ou vise-t-il à se doter de la capacité de l’obtenir, sans franchir le pas de trop ? La « zone d’immunité » à partir de laquelle personne ne pourra plus l’empêcher ? Selon le président de l’Agence de l’énergie atomique, Ykiya Amano, l’Iran aurait déjà produit quelques 324 kg d’uranium enrichi à 20 %, au-delà donc des 240 kg jugés nécessaires à la fabrication d’une bombe – seuil qui avait été désigné par Israël comme la « ligne rouge » à ne pas franchir sous peine d’attaque.

Deuxième question : Obama dit et répète que, sur cette question de la capacité nucléaire, « toutes les options sont sur la table », y compris donc l’option d’une frappe américaine. Mais quelle est la réalité de cette menace ? Est-elle prise au sérieux par Téhéran ? Les Américains pensent-ils sérieusement être en capacité de détruire le site nucléaire de Fordo, où 2 000 centrifugeuses seraient en activité, mais qui se trouve creusé sous une montagne et gardé par les Pasdaran ? Est-il exact que, comme l’ont annoncé un certain nombre de sites, une violente explosion y a été entendue en janvier dernier ?

Le Council on Foreign Relations américain distingue trois stratégies possibles envers l’Iran, chacune ayant ses partisans au sein de l’administration Obama. Les partisans d’un bombardement préventif des installations nucléaires pensent que les dirigeants iraniens ne sont pas des acteurs rationnels et qu’il est donc inconcevables de les laisser obtenir l’arme absolue. Les partisans de la coercition font observer que les sanctions occidentales ont sérieusement affaibli l’économie iranienne, assises sur l’exportation de pétrole. Ils relèvent que ces sanctions ont provoqué une inflation qui dresse la classe moyenne contre le régime et pourrait pousser celui-ci à négocier sérieusement l’abandon du programme nucléaire militaire. Les partisans du « containment » jugent, quant à eux, que l’Iran aura la bombe, quoiqu’il arrive, parce que ce pays a l’ambition d’affirmer sa suprématie au Moyen Orient et dans le golfe persique. Ils ne sont pas loin de penser qu’un Iran nucléaire servirait indirectement les intérêts des Etats-Unis, en poussant les Etats de la région, à rechercher la protection du shérif américain. Quels sont qui sont le plus redoutés à Téhéran ?

Passons à la situation politique intérieure . Rafsandjani incarnait l’option d’un rapprochement avec l’Occident. Sa candidature a été écartée par le « Conseil des gardiens », dans ce pays de démocratie surveillée où le pouvoir religieux tient le pouvoir politique sous son contrôle. Saïd Jalili , le négociateur retors du programme nucléaire passe, au contraire, pour favorable à une alliance avec la Chine et la Russie. Il est réputé très proche du Guide suprême. Le régime ayant pris l’habitude de truquer les résultats des élections, les jeux sont-ils faits ? Mais Ali Akbar Velayati est réputé le plus proche du guide suprême ? Si celui-ci veut s’éviter une nouvelle « cohabitation », telle que celle qu’il vient de subir avec Ahmadinejad, Velayati est-il son candidat ? Quel est le pouvoir de l’opinion publique iranienne et celle-ci peut-elle trancher les contradictions qui minent un pouvoir sur la défensive ?

L’élection de Mohamad Khatami, en 1997, avait soulevé de grands espoirs de modernisation, rapidement déçus. L’écrasement par la violence du « mouvement vert » en 2009 a-t-il définitivement convaincu la jeunesse qu’il n’y avait plus rien à attendre du processus électoral et que, seule la mort physique de ses fondateurs, pouvait permettre le changement ?

Enfin, il y a le dossier syrien. L’Iran appuie de toutes ses forces le régime de Bachar al-Assad , engagé dans une guerre contre sa propre population. Téhéran est-il prêt à sacrifier Bachar pour rompre son isolement au Moyen Orient, ou, au contraire, de constituer, avec l’Irak et le Hezbollah libanais, un puissant « croissant chiite », face aux puissances sunnites ?

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