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Qui a intérêt au maintien en l'état d'un système éducatif qui dysfonctionne ?

3 min
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Quand la productivité d’une institution décroît et que la moindre tentative de la réformer pour en améliorer les performances provoque d’immédiates levées de bouclier, on est amené à se poser des questions. Qui veille au maintien en l’état d’un système éducatif qui rejette 120 000 jeunes chaque année, les livrant à un marché du travail de plus en plus exigeant en matière de formation ? Qui a intérêt à la continuation d’un système d’enseignement dont le niveau baisse , comme le mesure avec régularité le classement Pisa ?

Le pourcentage d’élèves de 15 ans qui ne « maîtrisent pas la compétence de l’écrit » est passée de 15 à 19 % entre 2000 et 2009. En mathématiques, où nos élèves avaient coutume de briller, au XX° siècle, nous avons dégringolé à la 22° place sur 65. Ceux qui nient l’évidence rappelée par Antoine Prost dans une tribune publiée par Le Monde, « le niveau scolaire baisse, cette fois, c’est vrai », contestent la validité des classements internationaux. Mais contesteront-ils la Note de synthèse des évaluations du niveau en CM2, publiée par le ministère ? Elle met en évidence que, pour une même dictée, les élèves faisant plus de 15 fautes sont passés de 10 % à 21 % en dix ans , de 1997 à 2007. Quant au Haut conseil de l’école, il mettait en garde, dans son rapport annuel de décembre dernier, contre « un niveau croissant d’échec scolaire » et « des performances en baisse ».

Les Allemands aussi avaient pris leur déclassement par Pisa dans les dents, en 2000. Mais ils ont réagi, réformé, réaménagé les horaires, remis en question leur pédagogie, osé des choix. Et le niveau est remonté.

Partout en Europe, on décentralise, en donnant plus d’autonomie aux établissements . Nulle part, on ne note, on ne sélectionne et on ne fait redoubler les élèves du primaire, comme on persiste à la faire chez nous. Partout, on donne part égale à la transmission des savoirs et à l’apprentissage des règles de la vie en collectivité, au travail de groupe. Souvent, comme en Suède, les enseignants les plus méritants sont récompensés par des meilleurs salaires , quand nous restons dans un système d’avancement où prime l’ancienneté.

Les maux qui accablent notre système sont archi-connus, mais ils ne sont pas traités. Et quand Vincent Peillon fait observer que nos écoliers sont victimes d’un véritable gavage – 144 jours de classe par an pour un petit Français, contre 208 pour un petit Allemand, ce qui aboutit à allonger anormalement la journée de cours en France – 25 heures hebdomadaires sur quatre jours, contre 15 heures sur cinq jours en Allemagne, le ministre se fait vivement contester par le principal syndicat des professeurs des écoles. Toucher au mercredi matin, pas question !

Si rien ne bouge, si ce système hypocrite, qui persiste à assurer la sélection d'une élite, comme il y a cent ans, plutôt qu’à assurer à toute une classe d’âge le niveau de formation exigé dans nos « économies de la connaissance », c’est parce qu’un certain nombre de catégories sociales y trouvent leur intérêt.

Les membres des classes intellectuelles et autres « initiés » aux rouages alambiqués du système savent faire échapper leurs enfants à la médiocrité commune. Tant pis pour les autres… Le système fonctionne au bénéfice des classes intellectuelles supérieures, dont il assure la reproduction : la moitié des enfants d’enseignants fréquentent une filière S, 21 % des enfants de professeurs et de professions libérales sont en classe prépa, contre moins de 1 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Or, comme le dit François Dubet dans une récente interview au Monde, « le poids politique des bénéficiaires du système est bien plus important que leur poids démographique ». De concert avec les syndicats d’enseignants, ils bloquent toute réforme. Jusqu’à quand ?

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