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Qui ira désarmer les Séléka dans la brousse ?

4 min
À retrouver dans l'émission

A l’époque de la guerre froide, la politique de la France en Afrique était facile à décrypter : nous nous occupions d’y contrer l’influence soviétique, afin que les Américains ne le fassent pas eux-mêmes. Nous nous étions érigés en protecteurs auto-déclarés de l’Afrique francophone , où nous faisions la pluie et le beau temps, soutenant des régimes-clients et combattant plus ou moins ouvertement les autres. Cette Françafrique , mêlant, comme le décrit fort bien Achille Mbembe dans Jeune Afrique, ce mois-ci, « affairisme et renseignement policier et militaire » constituait une forme de « patrimonialisation de la politique », puisque, dépendant directement de la présidence de la République, elle était de fait « soustraite à tout contrôle démocratique et parlementaire ». Achille Mbembe la résume en trois mots ainsi : « racisme culturel, paternalisme et mercantilisme ».

Depuis la chute du Mur de Berlin, c’est devenu plus compliqué. Chaque nouveau président de la République promet de rompre avec les pratiques paternalistes désastreuses de la Françafique, de traiter les partenaires africains en égaux. Mais la grande nouveauté ne vient pas tant de la France, que de l’Afrique elle-même.Ce n'est pas tant que la politique française envers l'Afrique ait changé. C'est que l'Afrique est devenue un acteur majeur de la mondialisation, tandis que la France est en danger de provincialisation.

Ce continent, doté d’immenses richesses, d’une jeunesse dynamique, d’un début de classe moyenne entrepreunariale, suscite à présent des convoitises. Chinois et Américains, Indiens et Brésiliens sont présents et y proposent leurs services pour construire les infrastructures qui manquent. Plus question, pour les Français, de faire la pluie et le beau temps, dans leur « pré carré ».

Notre diplomatie a dû aussi se réorienter vers les pays anglophones et lusophones, dont plusieurs figurent à présent dans les rangs des émergents, en croissance rapide : Afrique du Sud, Nigéria, Kenya, Angola et Mozambique.

La nouveauté, c’est aussi le développement du djihad islamiste dans un arc de crise qui va de la Mauritanie à la Somalie, en passant par le Mali, le Nord du Nigéria – et maintenant la Centrafrique.

Quant à ce qui se passe dans ce malheureux pays, la presse anglo-saxonne est pleine de descriptions à faire dresser les cheveux sur la tête. Le Guardian a publié vendredi 22 novembre un reportage intitulé « Des horreurs indicibles dans un pays au bord du génocide ». On y lit qu’une population estimée à 400 000 personnes se cache dans la jungle, afin d’échapper aux persécutions, s’y nourrissant de racines. Il n’est question que de femmes violées en présence du mari et des enfants, de garçons jetés aux crocodiles, d’égorgements et de pillages.

Les rebelles islamistes, qui ont pris le contrôle du pays , après la fuite en hélicoptère du président François Bozizé, viennent souvent du Tchad et du Soudan. Certains d’entre ces derniers ont déjà sur la conscience les persécutions exercées contre les populations du Sud-Soudan. Ils sont vaguement coordonnés en une soi-disant « alliance » (Seleka ) et soumettent la population chrétienne de Centrafrique à des atrocités .

D’après le Guardian, 34 000 personnes ont trouvé refuge dans et aux alentours de la cathédrale Saint-Antoine de Padoue, à Bossangoa. Dans un immense champ de boue, tentent de survivre des enfants atteints de dysenterie et de malaria. Au alentours de cette ville du Nord du pays, les villages ont été rayés de la carte. Les chrétiens de Centrafrique ont lancé un Appel à l’aide à la communauté internationale, en octobre, l’Appel de Bangui. On y lit : « depuis sa prise du pouvoir, le 24 mars 2013, la coalition terroriste Seleka s’illustre particulièrement par des violations massives et sans précédents des droits humains ».

François Hollande semble l’avoir entendu. Beaucoup de Centrafricains espèrent que la France viendra les sauver, comme elle l’a fait au Mali. La France a déjà des soldats sur place et la seule annonce de l’arrivée des soldats français a provoqué, selon Libération, la fuite des miliciens de Séléka hors de la capitale, Bangui. Mais selon les propos d’un diplomate sur place, rapportés par Libé : « Les Séléka quittent Bangui, mais que vont-ils faire en brousse ? Qui ira les désarmer dans la forêt ? » La France en a-t-elle les moyens ? En outre, comme l’écrit le New York Times, à propos de l’opération Boali, « il est plus facile de déployer des troupes que de les retirer »….

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