LE DIRECT

Qui pourra sauver les Etats ?

3 min
À retrouver dans l'émission

A quoi servent les banques ? Pas à gagner des tonnes d’argent, en spéculant, contrairement à la doxa populiste ambiante. Non, une banque a deux missions. Primo, elle collecte des dépôts pour les mettre en lieu sûr (nos salaires, en fin de mois, par exemple) et elle réinvestit en partie cet argent dans l’économie sous forme de prêts à long terme. A l’industriel qui a besoin de machines neuves, ou le particulier qui veut devenir propriétaire de son logement. Secundo, elle trie les demandes de prêts en fonction des risques présentés par les emprunteurs et fixe, sur cette base, les taux des emprunts qu’elle accepte de faire.

Autre mythe à dégonfler, celui de « la financiarisation de l’économie », qui serait la caractéristique du capitalisme contemporain, et plus particulièrement depuis la dérégulation de l’activité financière, intervenue aux Etats-Unis et en Grande Bretagne dans les années 80. La thèse de la « financiarisation du capitalisme », qui passe pour d’une grande nouveauté dans certains milieux, est presque aussi vieille que le marxisme lui-même. La version la plus aboutie en a été fournie par un grand théoricien et acteur de la social-démocratie allemande d’avant-guerre, Rudolf Hilferding , dans un livre publié en 1911, Das Finanz Kapital . Elle a fait à un grand come-back dans les années 30 où déjà, certains s’inquiétaient de la montée en puissance de la finance au détriment de l’industrie. Elle est de retour. Mais elle ne saurait prétendre à une quelconque nouveauté, puisqu’elle est plus que centenaire. A quel moment, peut-on dire que la finance est devenue trop importante ?

Non, le vrai problème, c’est celui que vous décrivez, cette surabondance des liquidités qui est la conséquence des politiques follement accommodantes des banques centrales, et en particulier de la Fed américaine. Non seulement, la Fed pratique des taux d’intérêt proches du zéro, ce qui constitue un encouragement à la spéculation et se traduit par des bulles, dont l’éclatement déclenchera la prochaine crise du système, mais comme notre BCE, elle se livre à une politique sans précédent de rachat d’actifs peu sûrs, en particulier d’obligations des Etats. Ainsi nos banques centrales faussent-elles le cours réel de ces Bons du Trésor, que les Etats peuvent émettre sans vraie limite, puisqu’ils sont protégés contre la sanction des marchés. Vous citez des chiffres à faire se dresser les cheveux sur la tête : 3 000 milliards d’actifs rachetés par la Fed depuis le début de la crise davantage encore pour la BCE. Ces politiques dites « non conventionnelles » avaient pour but de relancer la croissance et l’emploi. On voit ce qu’il en est.

Mais ce tsunami financier, cette marée géante de liquidités ne peut que ruiner la confiance dans les monnaies. Et les bilans des banques centrales, truffées de Bons du trésor grec ou italien, sont désormais aussi peu présentables que celles des comptes de Lehman Brothers avant la chute.

A présent, la question que tout le monde se pose, c’est : si les banques ont pu être sauvées par les Etats, qui en avaient les moyens, qui sauvera les Etats, si les banques centrales elles-mêmes sont gravement fragilisées ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......