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"Qui va payer la crise ?"

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Vous souvenez-vous, François Lenglet, d’avoir été invité, en 2008, à l’émission Du Grain à Moudre, que j’animais alors avec Julie Clarini ? Directeur d’un remarquable mensuel, Enjeux-Les Echos, vous aviez publié l’année précédente, oui, je dis bien en 2007, un livre intitulé « La crise des années 30 est devant nous ». L’euro a déresponsabilisé les gouvernements, y expliquiez-vous ; ils ont pu se lancer dans un endettement irresponsable, sans craindre la correction des marchés : plus de dévaluation forcée possible. Le pari de la convergence entre les économies de la zone est perdu : l’Allemagne, redevenue compétitive, exporte, la France, au contraire, recule. Ce hiatus est porteur de crises.

Pas étonnant que l’auteur d’un pareil essai soit devenu, aujourd’hui, l’un des chroniqueurs économiques le plus en vue du pays. En outre, vous êtes sans partis pris. Pas vraiment libéral, pas du tout keynésien, pas tenté par la fuite en avant dans le fédéralisme, pas souverainiste non plus, pas plus complaisant envers le nouveau gouvernement de gauche que vous ne l’étiez face à celui de Nicolas Sarkozy. Pour tout dire, je suis incapable de deviner pour qui vous avez bien pu voter, cette année – mystère qu’on devrait pouvoir exiger de tout journaliste.

Et que nous dit François Lenglet, dans son dernier opus ? Que les plans de sauvetage de la Grèce, qui auront coûté la bagatelle de 500 milliards, soit deux ans et demi de PIB de ce pays, n’auront servi à rien. Parce qu’Athènes se débat, comme plusieurs autres Etats du Sud de la zone, dans une « cage aux hamsters » : trop de dette, des taux d’intérêt trop élevés, une monnaie trop forte : le hamster peut bien s’épuiser dans des plans de rigueur successifs, il ne remboursera jamais sa dette. Il peut juste asphyxier son économie, et déchaîner la colère des chômeurs, qui seront de plus en plus nombreux. Il lui faudrait pouvoir dévaluer. La monnaie unique le lui interdit.

Or, ce demi-millier de milliards ne sont pas de l’argent de Monopoly, comme on nous l’a fait croire. Comme les autres 500 milliards mobilisés, de plan de sauvetage définitif en réunion de la dernière chance, cet argent devra bien être payé un jour. On a cru régler une crise de la dette en empruntant encore plus d’argent… Les Français se sont imaginés que, comme en 1919, « l’Allemagne paierait », à travers une mutualisation des dettes européennes. Mais nous sommes nous-mêmes engagés jusqu’au cou. A travers l’Union bancaire, tant vantée, on oublie que le contribuable français peut dorénavant être mis à contribution, lui aussi, pour aller sauver une banque irlandaise en perdition. Les Français aimeraient bien le beurre – sous forme d’euro-obligations garanties par Berlin – et l’argent du beurre – continuer à s’endetter sous couverture allemande et à des taux allemands, mais le contribuable d’Outre-Rhin, lui, ne l’entend pas de cette oreille.

Car la question du jour est : qui va payer la facture ? Et il n’y a pas 36 solutions. Ou bien, ce sera le contribuable, dont les impôts vont s’envoler. Ou bien, on pratiquera l’euthanasie du rentier, chère à Keynes. La nouvelle lutte des classes, à vous suivre, François Lenglet, va opposer les détenteurs de capitaux, d’obligations d’Etat, en particulier, qui sont, majoritairement des retraités, aux salariés qui étouffent sous les plans de rigueur et les hausses d’impôts et auxquels on va demander encore bien davantage. Les premiers ont intérêt à ce que les dettes soient payées rubis sur l’ongle. Les seconds à ce qu’elles soient effacées.

Et cette lutte des classes s’avère être aussi une lutte de générations : ce sont les baby-boomers qui, en voulant vivre au-dessus de leurs moyens, ont poussé la finance à inventer de multiples moyens de vivre à crédit ? Aujourd’hui, retraités, ils ne veulent pas voir baisser leur standing. Les jeunes générations, écrasées par les dettes héritées de leurs parents, subissent en outre le chômage et la précarité. Très bientôt, dans les mois qui viennent, il va falloir se décider, parce que la crise n’est pas derrière nous, mais devant. Mais ma question est : nos dirigeants pouvaient-ils faire autrement ? fallait-il laisser la crise des subprimes faire couler nos banques ? Condamnez-vous les plans de relance de 2009, qui ont pourtant rajouté de la dette à la dette ?

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