LE DIRECT

A quoi joue le Hezbollah en Syrie ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La grande nouveauté de l’atroce conflit syrien, c’est que cette fois, il semble bien être en train de déborder chez ses voisins. Le maillon faible, c’est bien sûr, le pauvre Liban. A peine remis lui-même d’une guerre civile interminable, qui a sapé ses forces, dispersé de par le monde une partie importante de sa population, mais laissé dans la conscience de chaque Libanais un même désir : tout faire pour éviter que le feu ne reprenne. Quitte à fermer les yeux sur le fait que, contrairement aux autres milices ayant pris part au conflit, le Hezbollah ait conservé ses armes , tout en participant au jeu politique démocratique…

Le Hezbollah (ou « parti de Dieu ») est, en effet, un acteur complexe : il est en tout ensemble une milice lourdement armée, un parti qui joue le jeu électoral en représentant les chiites , tout en prenant garde de faire figurer sur ses listes des chrétiens et des sunnites, mais aussi une institution sociale disposant de crèches, d’hôpitaux, d’écoles, et distribuant des aides sociales à la communauté chiite.

Or, c’est par ce mouvement, dont on supputait récemment les capacités d’indépendance envers son patron iranien et son protecteur syrien, que passe désormais le risque de contagion. Le général Selim Idriss, chef d’état-major de l’Armée Syrienne Libre avait, en effet, fixé à hier son ultimatum : si le hezbollah ne cesse pas de bombarder les localités tenues par les rebelles syriens à partir de la Bekaa libanaise, l’ASL répliquera, visant par conséquent le territoire libanais.

Il vaut la peine d’aller lire à ce propos, l’interview donnée par Mathew Levitt , au think tank Council on Foreign Relations. Selon ce spécialiste américain du contre-terrorisme, le Hezbollah s’est rapproché de l’Iran, ces derniers mois, au point que les liens du mouvement libanais avec la Mecque iranienne du chiisme relèvent désormais du « partenariat stratégique ». Son idéologie religieuse (que résume l’expression « velayat-e Faqih », gouvernement du docte en persan) implique de considérer le haut clergé chiite comme guide suprême en politique. D’où un acte d’allégeance personnelle de ses plus hauts dirigeants à l’ayatollah Khamenei.

Le mouvement – que les Américains considèrent comme terroriste – semble prêt à sacrifier ses propres intérêts politiques libanais pour soutenir jusqu’au bout Bachar el-Assad ; mais il envisage aussi de participer à la « deuxième phase » de la guerre civile syrienne, celle qui se profile, entre sunnites et chiites, lorsqu’aura eu lieu l’inéluctable liquidation du régime alaouite. Le mouvement chiite libanais s’y prépare en accumulant des armes, notamment en récupérant certaines de celles qu’il avait stockées en Syrie.

Ainsi s’explique l’étrange bombardement par Israël, à la mi-janvier, d’un convoi de camions syriens se dirigeant vers le Liban. Selon les Israéliens, ces camions auraient acheminé vers les positions tenues par le Hezbollah, au Liban, des missiles.

Parmi les récentes activités militaires ne relevant en rien de ses intérêts politiques au Liban et susceptibles, au contraire, de lui nuire sur cette scène, Mathew Levitt relève le soutien militaire aux chiites irakiens, l’envoi d’armes aux rebelles houthi au Yémen – des chiite zaïdites, ainsi que l’attentat de Bourgas contre un car de touristes israéliens, en Bulgarie, l’été dernier. Cet attentat et d’autres, déjoués depuis sur le sol européen, pourraient bien pousser l’Union européenne à inscrire le « Parti de Dieu » sur la liste des mouvements terroristes , dont les avoirs sont gelés dans nos banques et les mouvements des dirigeants, interdits. C’est ce que nous réclament en ce moment les Américains.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......