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A quoi sert la prison ?

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A quoi sert la prison ? Elle remplit, me semble-t-il, une quadruple fonction.

Primo - et c’est un aspect qui est étrangement absent des débats en ce moment - elle permet de neutraliser les délinquants dangereux , en les plaçant dans l’impossibilité matérielle de nuire davantage à leurs semblables. Car nous vivons dans un étrange pays, où l’on voit parfois les familles des victimes de violence devoir déménager pour échapper aux représailles de leurs agresseurs, furieux d’avoir été dénoncés…

Deuxio, la prison évite aux victimes la tentation de se faire justice elles-mêmes – ce qui pourrait finir par arriver si l’opinion continuait à percevoir les politiques pénales menées comme excessivement favorables aux délinquants.

Tertio, elle est censée constituer une dissuasion pour ceux que tente une transgression punie par la loi.

Enfin, elle devrait favoriser la réinsertion sociale des délinquants qui, une fois payée leur dette envers leur victime et envers la société, doivent pouvoir renouer avec le cours normal de leur existence, équipés des moyens de l’assurer normalement. La bien-pensance, surtout préoccupée par ce dernier point, semble négliger généralement les trois autres.

La Garde des Sceaux, Christiane Taubira, appartient au courant d’opinion qui considère l’emprisonnement pour de courtes peines comme « criminogène ». Elle voudrait que les peines de prison deviennent exceptionnelles et qu’elles soient remplacées, dans les cas des condamnations les plus légères, par des sanctions patrimoniales (des « jours amendes ») et par des « peines exécutées dans la communauté » - c’est-à-dire des périodes de probation.

Elle a assurément raison en ce qui concerne les auteurs de délits routiers légers – qui n’ont rien à faire en compagnie des trafiquants de drogues. Elle s’appuie sur une donnée incontestable – la surpopulation carcérale et l’état désastreux de nombre de maisons d’arrêt – pour prôner une politique de dégonflement des effectifs pénitentiaires.

Alors, oui, c’est vrai, la France compte environ 67 000 détenus pour un nombre de places disponibles, dans ses prisons, de 57 000 environ. Le Contrôleur général des prisons a dénoncé à maintes occasions des conditions de détention indignes et il a raison : le sens de la peine de prison, c’est une privation de liberté – elle ne doit pas s’accompagner d’une humiliation de l’individu, encore moins de mauvais traitements.

Le gouvernement précédent avait décidé des constructions de prison, afin de porter le nombre de places disponibles à 80 000. La Garde des Sceaux a annulé ce programme. Mais si le nombre des détenus a fortement augmenté , ces dernières années, il n’a fait que suivre – avec retard – la forte augmentation de la délinquance . Il ne viendrait à l’idée de personne de supprimer des lits d’hôpitaux en période d’épidémie, sous prétexte que le nombre de malades augmente.

Quant au taux de la population carcérale en France – autour de 100 pour 100 000 - il reste plutôt inférieur à la moyenne OCDE très loin, en tous cas, du taux américain – qui est 8 fois supérieur – et même des taux d’emprisonnement de pays comme la Grande-Bretagne ou de l’Espagne, où ils tournent autour de 150 pour 100 000.

D’ores et déjà, la majorité des délinquants condamnés à des peines de prison, échappent de facto à l’emprisonnement , puisque 80 000 peines prononcées par les tribunaux n’ont pas été exécutées au cours des années récentes – 30 000 pour la seule année 2009. Et seules, 13 000 d’entre elles ont bénéficié d’un aménagement de peine – sous forme de bracelet électronique, dans la plupart des cas. Les autres demeurent donc impunies.

On nous dit aussi : les courtes peines ne devraient pas donner lieu à emprisonnement, car la prison est une école du crime pour les petits délinquants. Le problème, ce n’est pas tant la prison que les maisons d’arrêt , qui accueillent les condamnés à de courtes peines. Paradoxalement, les conditions de vie y sont plus dures que les maisons centrales, réservées aux détenus condamnés à de longues peines.

Philippe Bilger , l’ancien avocat général de la Cour d’appel de Paris, critiquait récemment sur son blog l’idée que la prison serait « l’école du crime ». « La prison ne fait que prendre acte de malfaisances ponctuelles avant qu’ne elle prive de liberté. » Et de dénoncer – je cite – « ces temps de mansuétude dogmatique » où « le mal accompli et sanctionné mériterait plus de considération que le bien des victimes ». Il faut reconnaître qu’il est davantage en phase avec une opinion publique qui, si l’on en croit les sondages, reproche à la justice une clémence excessive et désapprouve massivement la récente suppression des peines-planchers (43 % contre 8%).

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