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Radicalement réformateurs dans l'opposition...

3 min
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Cela fait des décennies qu’on sent la droite traversée par une divergence interne sérieuse. Le débat pourrait être résumé ainsi : nous faisons collectivement le constat que la situation du pays ne cesse de se dégrader et nous partageons à peu de choses près un même diagnostique quant à ses causes. Mais avons-nous intérêt à imposer au navire un vrai changement de cap, sachant qu’une telle prise de risques peut se traduire par la mutinerie d’une partie de l’équipage ? Car, convenez-en, les intérêts particuliers bousculés par toute réforme prise en vue de l’intérêt général n’appartiennent pas tous à l’électorat de gauche, loin s’en faut.

N’est-il pas plus avisé de durer au pouvoir en se contentant de poser des rustines sur les vieilles chambres à air du pays, plutôt que changer les pneus, usés jusqu’à la corde ? Durer au pouvoir, afin de repasser la patate chaude à l’opposition – puisqu’après tout, cela fait maintenant trois décennies que le syndrome de l’essuie-glace chasse la majorité sortante à chaque élection générale…

Le camp réformateur, auquel vous appartenez rétorque que le pays récompensera le gouvernement qui aura su enrayer son déclin. Et de saluer la 3° victoire électorale de Angela Merkel en Allemagne , qui infirme la théorie selon laquelle toute élection en Europe se solde par la défaite du sortant… Théorie qui a servi, ne l’oublions pas, à justifier la défaite de Nicolas Sarkozy, l’an dernier. Mais enfin, rétorque le camp d’en face, qu’a fait Angela Merkel, sinon hériter des réformes du social-démocrate Gerhard Schröder ? Or, il a lui-même été battu… Laissons les socialistes assumer l’impopularité des réformes ils auront, eux, l’oreille des syndicats. Le rêve secrets de bien des dirigeants de l’UMP n’est-il pas que François Hollande cache un Gerhard Schröder qu’il prenne sur lui de mener toutes ces réformes que vous n’avez pas osé faire…

Car le gouvernement auquel vous avez appartenu était, lui aussi, parti tambour battant sous le drapeau des réformes. Et il s’est rapidement enlisé. Nicolas Sarkozy n’en a retrouvé le chemin – TVA sociale, etc. – qu’en fin de mandat, quand il était trop tard.

Aujourd’hui, vous venez nous proposer de graver dans le marbre un certain nombre de règles : la croissance du montant des prestations sociales limitée au niveau de la croissance , le retour à un respect plus scrupuleux de l’article 40 qui interdit aux députés d’augmenter les impôts,

Vous proposez bien des réformes ambitieuses, comme la réduction de moitié du nombre des parlementaires , la fusion des départements et des régions, afin de réduire, là aussi, le nombre d’élus, mais surtout celui des fonctionnaires territoriaux. Vous plaidez à nouveau pour le transfert des charges pesant sur le travail vers les taxes sur la consommation, ainsi que le détricotage intégral des 35 heures. Vous allez jusqu’à prôner le recrutement de fonctionnaires sous contrat pour des durées limitées, ainsi qu’un spoil-system à la française pour la nomination des directeurs d’administration centrale, etc.

Vous avez pris, comme nous tous, connaissance de la réaction de Nicolas Sarkozy aux discours récents de son ancien premier ministre, François Fillon, « C’est un drôle de programme de promettre les 39 heures payées 35 et la retraite à 65 ans. Bon courage à celui qui veut se faire élire là-dessus . » L’électorat, lui, sait qu’on n’est jamais aussi radicalement réformateur que dans l’opposition et jamais aussi conservateur qu’une fois revenu au pouvoir.

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