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Refaire société, ici et maintenant

3 min
À retrouver dans l'émission

Le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brothers faisait officiellement faillite. Comme le temps a passé vite en cinq ans. Notre regard sur cette crise a eu le temps de changer considérablement durant cette demi-décennie .

Au début , nous l’avons comprise comme la crise du surendettement américain : là-bas, les ménages, les entreprises, l’Etat fédéral, tout le monde avait vécu à crédit. On leur avait bien dit. Maintenant, leurs bulles allaient éclater, ils allaient régler l’addition. Tandis que nous autres, bien protégés par les édredons sociaux de nos Etats-providences, nous n’avions qu’à attendre que New York et Los Angeles subissent leur purge.

Nous comprîmes bientôt que la finance européenne ne serait pas épargnée . La faute à la mondialisation. Parbleu, les banquiers s’étaient affranchis de toute pudeur et de toute morale. Il suffisait de les encadrer par des règles strictes, de leur interdire de spéculer avec les économies des épargnants, et tout redeviendrait comme avant. Plus tard, les Etats ayant sauvé, à grands frais, les banques, nous avons réalisé qu’eux aussi étaient surendettés au-delà du raisonnable et que, nos économies étant plongées dans la léthargie, les rentrées fiscales seraient très insuffisantes à ramener les dettes publiques à un niveau soutenable.

Toute sorte de prophètes d’apocalypse prospérèrent, qui annonçaient depuis des décennies l’auto-destruction du capitalisme. Il suffit alors que quelques milliers de jeunes, étudiants ou chômeurs exaspérés, occupent une place à Madrid ou un parc à New York, pour qu’ils voient poindre l’aube de la révolution tant désirée. Avec la crise de l’euro, d’autres annoncèrent tout aussi sombrement la résurrection d’Etats-nations barricadés à l’abri de leurs frontières douanières et de leurs monnaies nationales…

Aujourd’hui, nous en avons pris notre parti. Personne ne croit plus ni au Grand Soir, ni à l’homme providentiel. Plus personne ne se fait d’illusion : les politiques ne sont pas des magiciens. La crise aura été l’occasion de révéler qu’une tectonique des plaques était à l’œuvre depuis longtemps et que les économies occidentales, européennes, en particulier, ne sont plus dominantes. Voyez ce qui vient d’arriver au Finlandais Nokia, gobé par Microsoft. L’Europe ne produit plus de smartphones, ni ne les équipe en puces ou en programmes. Nous venons de décrocher de l’une des technologies les plus rentables de la planète.

Pas étonnant, dans ces conditions, que le désenchantement envers le politique s’accompagne de tentatives, bien concrètes, de refaire société, ici et maintenant. Crise ou pas, il reste possible de construire son bonheur, d’être bien avec sa famille et ses amis. Les Français sont à la fois terriblement pessimistes quant à l’avenir de leur pays, mais très heureux dans la sphère privée. Les banquiers peuvent bien se gaver, ici, sous la tonnelle, se « façonne une petite société du respect », comme l’une de ces personnes que vous avez rencontrées, François Miquet-Marty.

Vous nous montrez comment les Français apprennent à vivre avec « la crise » et à s’organiser, à combler leur besoin d’harmonie. Des initiatives locales pullulent, en effet, qui tentent de se soustraire à la sphère marchande, lourdement taxée. Fort bien, mais tout cela permettra-t-il de réparer la société ?

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