LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Réforme Fioraso, réforme Pécresse ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’opposition reproche souvent à l’actuelle majorité d’être arrivée au pouvoir, dans l’impréparation, sur la base de la seule dénonciation de ce qui l’avait précédée. Aussi, le nouveau pouvoir socialiste n’aurait de cesse de défaire ce qui a été tenté, d’abroger les quelques réformes passées par l’équipe précédente, afin d’incarner, à son tour, la « rupture ». Mais on peut également soutenir qu’il lui échoit de faire le bilan de ces réformes , d’en évaluer les effets et de rectifier les dysfonctionnements constatés.

Qu’en est-il dans un domaine où vous avez laissé votre empreinte, Valérie Pécresse, l’éducation supérieure et la recherche ? L’Assemblée nationale entamera demain l’examen du Projet de loi, présenté par votre successeur à la tête de ce ministère. S’agit-il d’une remise en cause des principes qui avaient sous-tendu la Loi LRU (Liberté et Responsabilité des Universités), que vous aviez présentée vous-même en 2007 ? Qu’auriez-vous fait vous-même, si vous aviez été ministre du secteur concerné ? La future loi Fioraso est-elle de nature à permettre à nos universités de mieux tenir leur rang dans un monde où les étudiants se comportent de plus en plus en « clients », optant pour le meilleur rapport qualité/prix dans un univers concurrentiel ? Prenons les principaux défis auxquels nos universités doivent faire face.

Il y a d’abord le problème du nombre de ces universités : environ 80. Sans doute, trop d’universités ont-elles été créées à seule fin de satisfaire des élus locaux bien en cours auprès du gouvernement de l’époque. La ministre Fioraso n’esquive pas ce problème et semble considérer qu’il convient de créer des regroupements , afin d’aboutir à une trentaine en tout. La nouvelle loi semble tourner le dos à votre concept des « pôles d’excellence », bien dotés et mis en situation de soutenir la concurrence européenne. Qu’en pensez-vous ?

Dans une tribune, parue dans Le Monde, le mois dernier, deux sommités de l’enseignement de l’économie, François Bourguignon et Philippe Alghion, demandent que la France s’inspire du modèle d’émulation et de concurrence que pratiquent entre elles les grandes universités américaines, comme Harvard et le MIT. La gauche avait reproché à votre réforme d’aller, au-delà de l’autonomie, vers ce type de concurrence. Mais certains syndicats font aujourd’hui le même reproche à Geneviève Fioraso. Le tout nouveau Conseil stratégique de la recherche sera-t-il l’instrument d’une reprise en main de la stratégie des universités par le ministère ?

La gouvernance des universités telle qu’elle a été organisée par la loi LRU n’a pas donné pleine satisfaction. Les présidents se sont vus confier soudain des responsabilités de gestion qu’ils n’étaient sans doute pas tous à même d’exercer. La loi Fioraso crée une nouvelle structure, le conseil académique , compétent en matière pédagogique. Il est manifestement destiné à équilibrer les pouvoirs du président, mais il est probable qu’il sera aussi en concurrence avec le conseil d’administration. N’était-il pas souhaitable d’organiser, à la tête de nos universités, un meilleur équilibre des pouvoirs ?

Enfin, rappelons que l’objectif principal de notre enseignement supérieur est d’équiper les étudiants des compétences qui leur permettront de trouver leur place sur un marché du travail difficile. Le Projet de loi qui sera en discussion dès demain fait de l’alternance études / formation professionnelle une priorité . Il affiche un objectif ambitieux de doublement du nombre des étudiants en alternance. C’est le modèle qui a si bien réussi en Allemagne. Auriez-vous procédé différemment ?

Enfin, la révolution numérique a déjà métamorphosé la manière d’enseigner. Aujourd’hui, un professeur s’adresse à un collectif d’étudiants qui ont le nez sur leur portable, contrôlent ce qui leur est dit et échangent entre eux appréciations et commentaires. Demain, comme aux Etats-Unis, bien des cours et des validations auront lieu via internet. Cette dimension a-t-elle été suffisamment prise en compte par les réformes successives de l’enseignement supérieur ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......