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Régler la température de la planète, comme avec un thermostat

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« Au lieu de tenter de parvenir à un accord basé sur des limitations juridiquement contraignantes des émissions de gaz à effet de serre, la nouvelle approche repose sur l’engagement volontaire des pays à limiter leur contribution au changement climatique. Cette évolution est, d’une certaine manière, l’aveu d’un échec. (…) Les diplomates, craignant qu’un nouvel échec discrédite tout le processus de négociation, ont revu leurs ambitions à la baisse. » C’est ce qu’écrivait Oliver Geden, un chercheur allemand du think tank Stiftung Wissenschaft und Politik, avant la conclusion de l’accord final de la COP 21.

Là encore, on a fait contre mauvaise fortune bon cœur. Pour parvenir à un accord, il a fallu en rabattre sur les objectifs de départ. L’idée était de tout faire pour éviter de se quitter sur un échec aussi manifeste qu’à Copenhague. La plupart des commentateurs internationaux rendent hommage à la manière dont la diplomatie française a mené les débats. Même The Economist salue ainsi Laurent Fabius et Laurence Tubiana . « Rien à voir avec la pagaille du sommet de Copenhague, d’il y a six ans ». Contrairement à Copenhague, on n’a pas fait semblant d’ignorer que les pays n’ont ni la même vision de leur avenir, ni les mêmes intérêts.

Mais comme Oliver Geden, l’hebdomadaire britannique pointe les limites de la méthode dite « bottom-up », qui consiste à demander des engagements précis aux différents pays, dans le but de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, plutôt que chercher à obtenir des limitations juridiquement contraignantes. Tout peut-il se faire sur une base volontaire , dans la mesure où aucune organisation supra-nationale n’est en mesure de faire respecter des limitations, et encore moins d’en punir les responsables ?

Jochen Harnisch, chargé des questions climatiques à la banque publique de développement allemande KfW, déclare ainsi aux Echos : le texte de l’accord comporte des formulations vagues et fortement sujettes à interprétations. » Les Allemands redoutent que les Européens, déjà les plus vertueux, se retrouvent les dindons de la farce , s’obligeant à augmenter toujours plus le coût de leurs productions, tout en participant financièrement à l’aide de 100 milliards par an consacrée à l’adaptation des pays en développement.

Mais au moins, un certain nombre de consensus entre les gouvernements se sont faits jour. Et surtout, selon The Economist, un signal fort a été adressé aux investisseurs : l’âge des énergies fossiles va devoir se clore progressivement. N’investissez donc pas dans l’ouverture de nouvelles mines de charbon vous risquez d’y perdre votre chemise.

Dans le quotidien L’Opinion, notre Prix Nobel d’économie, Jean Tirole, déplore, lui aussi, « qu’on demande toujours plus au bon élève » européen, sur la base des efforts déjà accomplis par nos pays pour réduire les émissions de carbone dans l’atmosphère. Il regrette que n’ait pas été sérieusement explorée la piste de la taxe carbone , qui était également prônée par Christine Lagarde, la patronne du FMI. Pour elle, il faudrait donner aux combustibles fossiles un prix intégrant les coûts environnementaux, afin de répercuter sur les consommateurs les dommages causés à l’environnement. Mais, à la COP 21, deux des plus gros producteurs de pétrole, l’Arabie saoudite et le Vénézuéla, ont fait de cette taxe carbone un casus belli.

Tirole estime que « l’accord repousse à une date ultérieure un engagement concret des pays à réduire leurs émissions. » « La stratégie attentiste des engagements volontaires de réduction des émissions sur la base des contributions nationales », lui paraît ressembler à un alignement de vœux pieux.

Décidément, il ne suffit pas de s’accorder sur le fait de limiter la hausse annoncée de la température à 1°5, plutôt que 2° degrés. L’atmosphère de la planète n’obéit pas un thermostat. Et l’accord de Paris fait l’impasse sur un des éléments les plus sensibles de notre système de régulation – les océans

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