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Réindustrialiser, disent-ils

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Le constat a été fait maintes fois et il fait à présent l’objet d’un consensus chez les économistes de tous bords et de toute obédience : oui, la France a subi deux vagues successives de désindustrialisation : la première, suite au choc pétrolier de 1973, nous a fait perdre le tiers des emplois dans cette activité, la deuxième, qui remonte bien avant la crise des subprimes, puisqu’elle démarre en 2002, nous a coûté une nouvelle hémorragie de 500 000 emplois en dix ans.

Oui, cette désindustrialisation est plus prononcée chez nous qu’ailleurs en Europe. Le secteur manufacturier représente 29 % du PIB en Allemagne, 27 % en Italie, mais 14 % en France l’industrie française a dégringolé au niveau de celle de la Grande-Bretagne, qui, dans les deux pays, ne représente que 16 % de la valeur ajoutée marchande.

Il y a une douzaine d’années, cette évolution était souvent considérée comme normale, voire souhaitable. L’agriculture aussi, qui représentait la majorité des emplois jusque dans les années 30 avait connu un semblable destin, disait-on. De même que l’industrie, hier, avait remplacé l’agriculture, de même, demain, les services viendraient compenser les emplois perdus dans l’industrie. D’ailleurs, nombre de ces emplois considérés comme perdus avaient simplement été externalisés auprès d’entreprises de services. L’industrie, en outre, était polluante, elle n’offrait que des emplois fatigants et dangereux. Demain, nous serions tous occupés dans de luxueux bureaux, à inventer des jeux vidéos vachement créatifs, ou des produits financiers follement sophistiqués…

Aujourd’hui, nous nous réveillons pour constater que là où les industries s’en vont, les emplois qualifiés disparaissent et les villes meurent. Et les pouvoirs publics sont soudain reconvertis à l’industrialisation : Sarkozy, hier, Hollande aujourd’hui.

Mais les moyens à employer pour ce faire dépendent du diagnostic posé sur les causes du phénomène. Et là, le consensus n’est plus de mise.

Pour les uns, la désindustrialisation, qui se traduit par des délocalisations , est la conséquence d’une concurrence internationale faussée par le « dumping » des pays émergents. C’est la thèse de « l’asymétrie des échanges ». Elle conduit à préconiser une dose de protectionnisme et à une dévaluation « compétitive » de l’euro.

Pour d’autres, la désindustrialisation provient d’une erreur de stratégie . On ne s’est pas suffisamment différencié des produits des émergents, on a négligé le haut de gamme, on n’a pas suffisamment investi dans la recherche et développement… Il faut restaurer « l’Etat-stratège », comme sous Pompidou.

On incrimine aussi la pression insupportable que les gros industriels donneurs d’ordre font subir à leurs petits sous-traitants . Là où les Allemands ont su organiser de solides complémentarités au niveau régional, nos grands groupes étranglent le tissu de petites entreprises, leurs fournisseurs, les privant des moyens d’investir et d’innover.

Il y a aussi le harcèlement : un entrepreneur est trop souvent un suspect aux yeux des administrations qui s’acharnent à lui rendre la vie impossible au lieu de l’accompagner, comme en Allemagne, dans son développement. C’est pourquoi 17 % des entreprise moyennes sont revendues chaque année, juste avant d’avant atteint le stade où elles auraient pu commencer à exporter et contribuer ainsi à redresser nos comptes extérieurs.

Plus controversée encore : la question des coûts salariaux. Pour le patronat, ils ont augmenté anormalement par rapport à nos concurrents, en raison de l’accumulation des charges sociales pesant sur les fiches de paie. Et cet handicap expliquerait la faiblesse des taux de marge, qui bloquent l’investissement.

Laquelle de ces thèses a votre faveur ? En aurais-je oublié ?

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