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Réindustrialiser, tout le monde le réclame, mais comment ?

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Il y a une dizaine d’années, on expliquait les délocalisations par « le syndrome Nike » : les pays de l’OCDE concevaient, ils organisaient la chaîne de production à travers le monde et enfin distribuaient des biens qu’il devenait trop cher de fabriquer chez eux. Ils ne conserveraient que la finance et le higt-tech à haute valeur ajoutée. D’ailleurs, les habitants des pays riches, disait-on, consomment de plus en plus de « biens immatériels » : des loisirs, de la médecine, qui comportent une part importante de services. Certes, admettaient les économistes, l’emploi industriel baisse dans nos vieux pays. Mais l’agriculture, qui employait encore la majorité de nos concitoyens dans les années 30, n’en occupe plus que 3 % aujourd’hui. Eh bien le déclin de l’emploi industriel correspond à la même logique. Conséquence de la spécialisation internationale du travail, au XXI° siècle, nous serons tous dans le tertiaire et les usines seront chinoises, brésiliennes ou indiennes…

Sauf que. Sauf que la crise de la finance a montré que le modèle anglais – renoncer à fabriquer des voitures, mais drainer vers la City les capitaux du monde entier – était hautement vulnérable. Sauf que les emplois qualifiés – qui autorisent des salaires élevés et les gains de productivité, qui permettent de les augmenter, sont plutôt l’apanage des usines que des bureaux. Sauf que l’industrie n’a pas du tout disparu d’Europe simplement, elle s’est fixée dans le « cœur » de la zone euro – Allemagne, Finlande, Slovaquie et République tchèque, abandonnant aux pays du Sud les services. La France et l’Italie s’épuisant quelque part entre les deux. Sauf que les services – tourisme compris – ne permettent pas de combler le déficit commercial sur les produits manufacturés. Bref, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu.

Le premier signal d’alarme a été lancé dès 1993 par le Rapport du sénateur Jean Arthuis, qui prophétisait, avec la disparition programmée de notre industrie, la désertification économique des vieilles régions industrielles du Nord et de l’Est de notre pays. En 2004, un rapport du Centre d’Analyse Stratégique signé Bloch, Fontagné, Lorenzi et intitulé « Désindustrialisations, délocalisations » aurait dû donner à réfléchir. La prise de conscience a été lente, mais elle est réelle. Nicolas Sarkozy en a fait un des grands thèmes de son quinquennat. La politique industrielle sera, à n’en pas douter, l’un des grands thèmes de débat de la campagne électorale qui commence.

A vous lire, Patrick Artus, il y aurait une bonne et une mauvaise réponse. La mauvaise, ce serait le protectionnisme – qui gagne pourtant du terrain dans l’opinion française, et accompagne le mot d’ordre de « démondialisation ». La bonne réponse, ce serait une politique industrielle favorisant la compétitivité de l’entreprise-France. Par où commencer ? Par le niveau des dépenses de recherche & développement – qui est trop faible chez nous ? Par un allègement des charges sociales dont le niveau actuel pénalise nos PMEs et les empêche de se développer et d’atteindre la taille critique ? Par un soutien public aux entreprises innovantes ? Qu’est-ce qui peut faire redécoller l’entreprise-France et l’aligner sur le modèle de notre voisin allemand, qui, avec la même monnaie et les mêmes coûts de production que les nôtres, a su tirer le meilleur parti de la mondialisation qui nous apparaît, à nous, comme une sombre fatalité ?

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