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Rendre compatibles croissance et rigueur

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Jusqu’à hier, quand on leur parlait de relance de la croissance, les dirigeants français répondaient relance déficits publics et dévaluation de la monnaie. La dévaluation de la monnaie est une voie fermée depuis plus d’une décennie par l’adoption d’une monnaie commune, dont la direction a été confiée à une autorité indépendante. Quant aux déficits, on les a tellement sollicités depuis le début de la crise que notre capacité d’endettement est probablement en train d’atteindre ses limites sans compter la vigilance renforcée de Bruxelles sur nos budgets nationaux qui sera la contrepartie inévitable d’une forme de mutualisation des dettes, comme on l’a compris hier. Alors voilà, il va falloir faire preuve d’imagination, afin de relancer la croissance, tout en réduisant les déficits… et en remboursant les dettes accumulées.

Or, le contexte est très défavorable. Dans un monde globalisé, où même les émergents vont marquer le pas, la France se distingue par une croissance qui n’a cessé de décroître comparativement aux autres pays de l’OCDE depuis une trentaine d’années. Dans les années 1960-70, nous affichions un des taux les plus élevés du monde, supérieur à celui des Etats-Unis. Dans les années 70, nous étions encore à la 14 ° place parmi les pays de l’OCDE avec une moyenne de 3%. Dans les années 80, nous avons reculé à la 16° à la 18° dans les années 90, avec 1,3 % de moyenne depuis le milieu des années 90, nous sommes parmi les derniers de la classe autour du 32° rang.

Notre pays a pourtant des atouts connus : une forte productivité horaire du travail, en particulier. Mais celle-ci est le contrecoup d’une trop faible mobilisation de la main d’œuvre. Comme si seuls, les plus productifs, les mieux formés, avaient le droit de travailler. Notre taux d’emploi demeure inférieur à la moyenne : seuls, 62 % des 15/64 ans sont effectivement au boulot en France, contre 68 % dans l’OCDE. Nous travaillons trop peu : 1 592 heures par an, contre 1 824 dans la moyenne OCDE. Notre capacité d’innovation est trop faible et nous consacrons trop peu de moyens à la recherche & développement l’enseignement supérieur a été longtemps négligé. Les charges sociales sont trop élevées, rendant la rentabilité des salariés peu qualifiés problématiques ce qui, conjugué avec un coût des licenciements imprévisible, décourage les embauches. Même l’Italie est en train de réformer son droit du travail dans le sens de la flexibilité. Enfin, il existe un certain nombre de verrous et de barrières qui sont censées protéger certaines corporations et professions, qu’il conviendrait d’ouvrir à la concurrence.

Le Rapport Attali, qui listait 300 propositions pour débloquer la croissance date de janvier 2008. Faut-il le réécrire entièrement en tenant compte de tout ce que la crise a détraqué ? Ses préconisations sont-elles caduques ? Un autre Rapport France 2030, signé par les économistes Benoît Coeuré et Vincent Chriqui, listait cinq scénarios possibles pour la croissance française des 20 prochaines années. Dans le scénario dit « noir », le taux de chômage se maintenait aux alentours de 9 %. Dans le meilleur des cas, celui-ci baissait à 4,5 %.

Alors le gouvernement s’est réuni en séminaire cette semaine pour fixer les grandes orientations de sa politique budgétaire pour 2013-2015. Elles tiennent en un mot : gel pur et simple des dépenses de l’Etat pendant trois ans, compte non tenu de l’inflation. C’est supposer que les taux d’intérêt réclamés par les marchés pour financer la dette qui va donc s’accroître resteront au niveau actuel. En bon français de gauche, cela s’appelle l’austérité. Même si le mot n’est guère prononcé. Cette orientation vous paraît-elle, Jacques Attali, de nature à relancer une croissance qui s’essouffle ? Quels conseils donneriez-vous au gouvernement s’il vous en demandait (or on dit qu’il vous en demande) ?

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