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Renzi : les réformes patinent

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Matteo Renzi, 40 ans, va fêter dimanche le 1° anniversaire de son accession-surprise à la tête du gouvernement de la 3° plus importante économie d’Europe. Le « Machiavel putschiste » est arrivé à la présidence du Conseil par une sorte de coup d’Etat, en poussant vers la sortie son prédécesseur Enrico Letta, et sans autre légitimité que sa victoire lors des primaires du Parti démocrate de décembre 2013. Il l’a fait sur une promesse : débloquer l’Italie en lançant « une réforme par mois ». A l’heure du premier bilan, où en est-on ?

Primo, l’habileté politique du « démolisseur » (Rotomatore, son surnom) se confirme. Son Parti démocrate a obtenu, aux récentes élections européennes, le meilleur score atteint en Europe par un parti de gauche, avec 41 % des suffrages . Il a neutralisé le vieux caïman Berlusconi en passant avec lui un pacte de non-agression, dit « du Nazareno », tout en lui grignotant régulièrement ses élus, dans les deux chambres du Parlement. Mais que reste-t-il du « pacte de Nazareno », depuis que Matteo Renzi a fait « élire » son candidat à la présidence de la République, le juge constitutionnel sicilien Sergio Mattarella – dont Berlusconi ne voulait à aucun prix ?

Déjà, son extraordinaire cote de popularité s’effrite. Il a perdu 11 points en 6 mois, passant de 62 à 51 % d’opinions favorables en janvier . Vous me direz, 51 %, c’est un score qui ferait rêver chez nous, mais il peut inquiéter, dans un système de gouvernement reposant sur une extraordinaire personnification de son principal détenteur.

Car Matteo Renzi, c’est d’abord une formidable machine à communiquer. Tout en lui rappelle Tony Blair : la jeunesse, l’audace, le pragmatisme, la modernité. Même le positionnement politique est blairiste : Renzi vient du centre-gauche, mais son discours est post-idéologique , décomplexé, pragmatique et même un brin populiste. Il s’adresse au pays par-dessus la tête des syndicats et des corps intermédiaires. Il joue des médias et les utilise avec un grand savoir-faire.

Quant aux réformes, elles patinent. La seule mesure d’envergure que Renzi soit parvenue à imposer, pour l’instant, concerne le marché du travail, le Jobs Act : simplification du Code du travail, assouplissements des règles de licenciement(les juges n’auront plus à se prononcer) et mesures de flexsécurité. Il s’agissait d’une simple loi-cadre, que l’administration italienne, réputée pour sa capacité entropique à faire échouer toute réforme d’envergure, pouvait faire capoter. Les décrets d’application sont au menu du Conseil des ministres aujourd’hui, pour une entrée en vigueur au mois de juin. Et d’une.

Mais la mère des réformes, c’est celle du Parlement , qui dispose, malgré le pacte avec la droite, d’une grande capacité de blocage, et d’un système électoral tellement complexe que, seul, un Berlusconi, savait le manœuvrer. Renzi veut mettre fin au bicaméralisme intégral, en faisant du Sénat une simple instance de conseil , limitée à 100 membres non rémunérés. Il veut favoriser à la fois la représentativité de la Chambre et sa capacité à désigner des majorités claires en combinant les vertus du système proportionnel, au premier tour, et du système majoritaire, au second, en accordant une forte prime au parti arrivé en tête.

Il est difficile de gouverner en promettant sans cesse des réformes dont on doit sans cesse retarder la mise en œuvre, mais dont l’OCDE prédit qu’en cas d’adoption intégrale, elles doperaient l’économie italienne de 6 points de croissance annuelle . Renzi a fait mettre en ligne un échéancier qui confronte les promesses de réforme en regard des mesures déjà adoptées, l’Agenda des mille jours. Mais il a compris qu’il ne passerait pas en force, avec le Parlement actuel. D’où une possible dissolution . Puisqy'il n'y a plus rien en face de Renzi, avec l'effondrement du "Mouvement Cinq Etoiles" et de la droite, pourquoi ne pas en profiter pour se trouver une majorité à sa main ? Et le président du conseil italien fait savoir que son livre de chevet est l’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki Murakami..

Beaucoup d’observateurs prédisent que l’aventure pourrait mal finir, s’il s’avérait que toute cette agitation et cette communication devaient déboucher sur des résultats trop inférieurs aux promesses. La seule force d’opposition politique sérieuse, aujourd’hui, en Italie, c’est la Ligue du Nord, dont le positionnement est très proche de celui du Front national. Le risque d’usure prématuré du « démolisseur », qui a grossi, n’est-elle pas la meilleure chance de l’extrême droite ?

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