LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Repasser le film à l'envers ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Rarement les milieux avertis auront à ce point partagé l’idée que la catastrophe était imminente. En fait, sa date est même fixée : elle devrait commencer la semaine prochaine.

Le scénario est le suivant : dimanche, les électeurs grecs, exaspérés par une austérité imposée en contrepartie des aides européennes, donnent le pouvoir à Alexis Tsipras, leader de l’extrême-gauche. Il applique son programme et décide de s’affranchir des règles. L’UE et le FMI coupent alors le robinet du crédit qui maintient le pays sous perfusion. Sachant que les bilans de leurs banques sont minés d’obligations de leur Etat, devenu insolvable, les Grecs se ruent vers les guichets pour vider leurs comptes . Incapable de faire face à ses échéances, le nouveau gouvernement grec voit les créanciers refuser ses Bons du Trésor. En août, il fait défaut sur sa dette et rétablit le contrôle des changes : il s’apprête à introduire une nouvelle monnaie nationale, afin de pouvoir dévaluer et retrouver des marges de compétitivité. Les banques européennes encore détentrices de dette publique grecque font le compte de leurs pertes.

Au sommet européen, les chefs d’Etat et de gouvernement, s’emploient à rassurer les marchés : l’euro s’est amputé d’un membre, mais c’était nécessaire, explique la chancelière allemande. Nous allons ainsi rendre la bonne santé à l’ensemble. Mais les marchés n’y croient pas. Inquiets des pertes que va leur occasionner le défaut grec, ils se demandent quel est le prochain membre de la cordée euro qui va tomber dans le ravin . Certains parient sur le Portugal d’autres anticipent déjà un défaut de l’Espagne et les taux recommencent à grimper. L’Allemagne, redoutant d’être entraînée à son tour annonce qu’elle rétablit sa monnaie nationale… Les manifestations n’ont-elles pas déjà commencé, à Berlin, sur le thème : on ne peut pas éternellement payer pour les autres ? Le nouveau livre de Thilo Sarrazin s’annonce comme un gros succès de librairie.

Jean-Pierre Dupuy , le penseur d’un catastrophisme éclairé, explique que si l’on veut éviter la catastrophe, il faut l’intégrer à son raisonnement comme si elle s’était déjà produite. C’est ce que font en ce moment Angela Merkel et François Hollande, qui rendent prématurément publiques leurs propositions de sauvetage en vue du sommet des 28 et 29 de ce mois, pour empêcher le scénario ci-dessus de se réaliser.

Dans l’excellente revue Regards croisés sur l’économie , qui vient de sortir, Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, explique : nous sommes passés de l’union douanière au marché intérieur, puis du marché intérieur unifié à l’union monétaire. A présent, soit nous franchissons un nouveau seuil dans l’intégration et nous acceptons de mettre en commun un grand nombre de nos fonctions économiques, et même d’harmoniser nos systèmes sociaux, soit on va voir « le film repasser à l’envers » et toute la construction communautaire sera détricotée .

Mais les Français, en particulier, si soucieux de leurs « exceptions » sont-ils prêts à des abandons de souveraineté aussi décisifs que le niveau des prélèvements obligatoires ? le budget de l’Etat ? et pourquoi pas l’âge du départ en retraite… ?

La logique de François Hollande , c’est : croissance et solidarité une union bancaire sous contrôle de la BCE, afin d’empêcher le jeu dangereux que jouent en ce moment les banques et les Etats à terme, des eurobonds pour mutualiser les dettes, voire un fonds d’amortissement – certains diront de défausse – de la partie actuellement irremboursable de dettes publiques.

La logique d'Angela Merkel : « on ne prête pas sa carte de crédit à quelqu’un dont on ne contrôle pas les dépenses ». Toute communautarisation supplémentaire des dettes suppose un resserrement préalable des contrôles sur les comptes. Pas de communautarisation des dettes sans contrôles renforcés sur les budgets.

C’est que l’Allemagne a déjà beaucoup payé . La BCE doit à la Bundesbank 644 milliards d’euros. Or le bilan de la BCE est truffé d’obligations de pays en très mauvaise posture. « Il ne faut pas surestimer les forces de l’Allemagne », a prévenu, hier, Angela Merkel. Pourvu que personne ne s’aperçoive qu’il n’y a presque plus d’eau dans le camion-citerne des pompiers avant que l’incendie ne s’éteigne…

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......