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Retour sur Cologne

5 min
À retrouver dans l'émission

Terrible, le reportage d’Annick Cojean à Cologne, publié par Le Monde d’hier soir. Des femmes racontent leur cauchemar. Reviennent la description de jeunes hommes, éméchés, menaçants, qui les encerclent, les traitent comme des proies sexuelles. « Ils étaient sur nous, on ne pouvait plus bouger ». Et encore : « La place était à eux et on sentait qu’ils avaient l’intention d’utiliser toute la liberté que fournit l’Allemagne pour faire ce qu’ils voulaient avec les femmes . » Une autre : « J’avais peur d’être entraînée dans un coin et violée. Et je me disais que la presse n’en parlerait même pas puisqu’il s’agissait d’immigrés et qu’ils sont systématiquement protégés. » (sic)

Que la presse n’en ait pas parlé sur le moment, c’est une évidence. Mais qui pouvait croire qu’à l’heure des réseaux sociaux, de la liberté d’internet, ces agressions de masse, collectives, organisées , contre un très grand nombre de femmes, commises dans la nuit de la Saint-Sylvestre non seulement à Cologne, mais aussi dans plusieurs villes d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse et de Finlande, demeureraient ignorées.

En tentant de cacher les vérités qui dérangent, on entretient les populations dans la défiance envers les institutions. Comme dans le cas des attentats camouflés en « actes de déséquilibrés », le fait d’avoir révélé au compte-goutte, à contre-cœur, des évènements, qui ont probablement une dimension historique, sape les fondements mêmes de nos démocraties. A l’origine du contrat social, en effet, il y a la nécessité d’assurer la sécurité des citoyens . C’est parce que nous avons délégué cette fonction à nos Etats que nous acceptons, en contrepartie de leur obéir et de les financer par nos impôts. Mais lorsqu’un Etat, au nom d’une idéologie qu’il sait impopulaire, le multiculturalisme, renonce de fait à assurer et à garantir la libre circulation des femmes dans l’espace public, et tente de les dissuader de porter plainte, alors le contrat est menacé.

Ce que ces femmes ont subi dans la nuit du 31 décembre dans plusieurs villes d’Europe n’ est hélas que trop bien connu des femmes arabes. Cette forme de harcèlement sexuel en meute porte un nom – le Taharrush gamea . C’est une technique d’intimidation politique qui a été utilisée, afin de faire rentrer chez elles les femmes, qui manifestaient dans le centre de Tunis, comme sur la place Tahrir, au Caire. Les islamistes, qui considèrent que les femmes ne sauraient circuler librement dans l’espace public , pratiquent régulièrement ce type d’intimidation dans les lieux qu’ils contrôlent. Mais comment pourrions-nous accepter que des étrangers viennent nous imposer des mœurs en totale contradiction avec l’aboutissement de plusieurs siècles d’émancipation féminine ?

Manifestations à Cologne
Manifestations à Cologne Crédits : Cologne - Radio France

Comme l’antiracisme, le féminisme est aujourd’hui divisé. Au nom du risque de l’amalgame, certaines organisations minimisent ces graves débordements. La maire de Cologne semble vouloir rendre responsables les victimes elles-mêmes. Elles n’avaient qu’à garder leurs distances. Même si dans le cas de l’Allemagne, on ne peut pas incriminer un « passé colonial », peut-être les femmes allemandes relèvent-elles de la catégorie des « dominants » ? Certains préfèreront incriminer non pas les violeurs, mais, comme dans le cas des attentats de novembre, « la violence sociale » subie par eux, les discriminations, le racisme, l’injustice, le néolibéralisme, que sais-je encore. C’est vrai, nos sociétés ne sont pas parfaites. Mais nous avons bien des raisons de vouloir défendre nos modes de vi e, et notamment une relation entre hommes et femmes qui semble autrement plus harmonieuse que celles qu’on tente progressivement de nous imposer.

Des féministes algériennes, comme Marieme Helie Lucas, nous mettent en garde. En Algérie aussi, la terreur intégriste est passée par des étapes, au cours des années 70 et 80, avant de basculer dans la terreur ouverte des années 90. On demande d’abord des « droits musulmans spécifiques », comme la ségrégation sexuelle dans les hôpitaux et les piscines. Puis des cursus scolaires réaménagés pour exclure certaines disciplines. Viennent ensuite « des attaques ciblées contre les contrevenantes indisciplinées, qu’on peut aller jusqu’à brûler vive ou lapider. Et de mettre en cause, je cite, « la similitude avec ce qui se met en place en France et ailleurs en Europ e ».

L’association Femme & Libre présidée par Yael Mellul met en circulation sur le Net une pétition intitulée « Silence, on viole », qui demande : « par quel miracle, ces violeurs sont-ils devenus non seulement aux yeux des organisations progressistes, des intouchables ? » Et encore : « Ce qui fait le jeu de l’extrême droite, c’est le déni et le mensonge ; ce qui soulève l’indignation des peuples, c’est le refus de dire la vérité , c’est de faire taire les victimes et de minimiser l’horreur qu’elles ont subie. » On ne saurait mieux dire.

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