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Réviser la loi de 1905 ?

3 min
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La loi de séparation des Eglises et de l’Etat a 110 ans. Fruit d’un compromis savant entre le courant anticlérical, qu’incarnaient, à l’époque Emile Combes et Clémenceau, et celui que représentait Albert de Mun, des catholiques ralliés à la république, elle fut l’œuvre d’une Commission présidée par le pragmatique Aristide Briand et le protestant libéral Ferdinand Buisson. Le texte fut considéré comme un modèle d’équilibre . La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, mais n’en reconnaît aucun en particulier. Elle ne salarie pas leurs ministres. Les biens et lieux de culte sont dévolus à des associations cultuelles.

Dès 1924, avec la création des associations diocésaines, les catholiques, rassurés, acceptèrent de jouer le jeu et s’en portèrent bien. Depuis lors, notre fameuse loi de 1905 a donné satisfaction à toutes les parties concernées.

Pourtant, il faut le savoir, notre laïcité est une curiosité parmi les démocraties occidentales. Le mot lui-même n’a guère d’équivalent dans la majorité des langues européennes, qui lui préfèrent le concept de sécularisation , lequel ne connote pas le divorce entre l’Etat et les religions, si caractéristique de notre propre conception, républicaine.

Hé bien, il semble que cet équilibre ait vécu. C’est que notre société a changé. Notre pays est devenu multiculturel. L’islam, pratiquement absent du paysage national en 1905, est devenu la deuxième religion de France. Or, c’est une religion prosélyte, en forte expansion à travers le monde et qui, de par son contenu doctrinal même, éprouve des difficultés à séparer clairement le spirituel du temporel, le religieux du politique.

Faut-il renégocier le compromis de 1905, afin de tenir compte de cette nouveauté, ou, au contraire, tenir ferme sur la loi, conçue comme consubstantielle de l’identité républicaine elle-même ?

Cette question, comme beaucoup d’autres d’importance, n’oppose pas tant la gauche et la droite, que des camps internes à chacune des deux familles. Un camp accepterait des remises en cause significatives des grands principes républicains, par crainte de stigmatiser les immigrés , ou par tentation communautariste. Un autre dénonce, au contraire, ces concessions comme autant de renoncements à l’universalisme, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à l’idéal d’émancipation personnelle par le savoir et l’instruction .

La droite n’échappe pas plus que la gauche à ce clivage interne. Si Xavier Bertrand ou François Baroin réclament de la fermeté et mettent en garde contre des concessions qui risquent d’être utilisées pour en exiger d’autres, des personnalités telles qu’Alain Juppé , ou encore Bruno Beschizza , défendent une approche souple et pragmatique.

Ils mettent en avant, en particulier, le fait que la lutte contre les dérives extrémistes et terroristes de l’islamisme passe par la construction de mosquées, la formation et la reprise de contrôle, par l’Etat, des imams . Or, on ne saurait le faire dans le cadre de la loi de 1905, qui ne le permet pas. Vous-même, Benoît Apparu, avez récemment déclaré : « la loi de 1905 ne doit pas être une cathédrale intouchable ». « Il faut arrêter le totalitarisme laïcard ». Jusqu-où seriez-vous prêt à renégocier le compromis entre l’Etat et les religions ?

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