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Revoir la doctrine militaire israélienne

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Le moins qu’on puisse dire est que le conflit israélo-palestinien a perdu de sa « centralité ». Toute la région est à feu et à sang : la guerre civile qui détruit la Syrie a poussé un habitant sur 7 à quitter le pays l’Irak est menacé de génocide par les fous de Dieu de l’Etat islamique et la Libye fait figure de nouvel « Etat failli ». Personne ne peut plus prétendre que la fin de l’occupation des territoires provoquerait la concorde universelle… Dans un tel contexte régional, les roquettes du Hamas et la réplique d’Israël apparaissent aux spécialistes comme relativement secondaires.

Consultez les think tanks américains et vous verrez : l’affaire de Gaza ne mérite guère plus que deux ou trois commentaires, vite expédiés. Les Etats-Unis ont bien d’autres chats à fouetter. Du reste, leur influence dans la région n’est plus ce qu’elle était. C’est via la médiation égyptienne , au Caire, qu’a été négocié, et imposé au Hamas, l’accord de cessez-le-feu avec Israël…. Washington, après avoir vainement tenté d’introduire la Turquie et le Qatar dans la négociation, s’est contenté d’afficher son « soutien total ».

Le but de l’opération « Bordure protectrice » était d’affaiblir politiquement et militairement le Hamas, de manière à le dissuader de mener de nouvelles campagnes de tirs de roquettes contre Israël. Pas de l’éliminer, comme l’aurait souhaité Avgdor Liberman, le ministre des Affaires étrangères. Mais, comme l’écrit Shlomo Ben-Ami, Israël n’aurait rien à gagner à une disparition pure et simple du Hamas , qui transformerait Gaza en une Somalie bis. L’anarchie jihadiste serait plus dangereuse pour Israël que la situation qui prévaut actuellement.

L’armée israélienne estime qu’un tiers au moins du stock de roquettes du Hamas a été détruit par ses bombardements. Ses sites de production d’armements ont été sévèrement endommagés. Et 32 tunnels d’invasion vers Israël ont été bouchés. Le cessez-le-feu prévoit qu’Israël conservera le contrôle des voies d’accès à Gaza par Kerem Shalom et Erez et que l’Egypte surveillera celui de Rafah, conjointement avec l'Autorité palestinienne. Israël continuera à s’opposer à la construction d’un aéroport à Gaza, afin d’empêcher les Palestiniens de se procurer de nouveaux armements. Le Hamas n’a rien gagné d’autre qu’une extension de sa zone de pêche et il faut une bonne dose de mauvaise foi pour parler d'une "victoire du Hamas". Mais peut-on pour autant parler d’une victoire israélienne ?

J’ai retrouvé un texte que publiait Shimon Pérès en 1967 dans la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps Modernes. Il y écrivait : « Il faut dissuader les Arabes d’attaquer Israël, c’est-à-dire les persuader que, de toutes façons, ils n’ont aucune chance de vaincre (…) que la guerre est non seulement inutile, mais encore impossible. » (Les Temps Modernes n° 253 bis, p. 510). Cela impliquait une supériorité militaire israélienne telle que la victoire devait être « décisive ».

Comme le rappelle le major général David Ivry sur le site du Begin-Sadate Center for Strategic Studies, la doctrine militaire israélienne est basée sur les concepts de « dissuasion » et de « victoire décisive ». Eh bien, elle doit être remise à jour, selon ce général, car les conflits d’aujourd’hui n’opposent plus que rarement des Etats entre eux fleurissent, au contraire, les « conflits asymétriques », opposant des Etats à des groupes terroristes. Ce genre de conflit se gagne ou se perd devant l’opinion publique. En interne et devant les caméras de télévision du monde entier. C’est une guerre d’images, qui interdit l’ascension aux extrêmes. La « victoire décisive », au terme de laquelle le perdant est contraint d’accepter les termes de sa reddition et conserve l’autorité de les mettre en œuvre appartient donc au passé.

Face au Hamas, Israël doit aboutir à une situation politique telle que, comme face au Hezbollah libanais, l’intérêt des deux parties soit de s’abstenir de recourir aux armes. Est-ce le cas au terme de 50 jours de l’opération « bordure protectrice » ? Au-delà de la fin des tirs de roquettes qui ont menacé son territoire, Israël poursuit l’objectif de la démilitarisation de Gaza. Cela paraît hors d’atteinte. Le pays est-il condamné à « tondre la pelouse » régulièrement , comme l’écrit Efraïm Inbar sur le site Begin Sadate Center ?

►►► Découvrez notre dossier complet « Gaza / Jérusalem, des deux côtés de la frontière »

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