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Révolution du Cèdre Deux ?

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L’assassinat de Rafic Hariri, leader politique sunnite, plusieurs fois président du conseil, fut, le 14 février 2005, la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Cet attentat, d’une violence et d’un niveau de préparation tels qu’il ne pouvait avoir été commis qu’avec la participation d’un Etat étranger, fut à l’origine de la Révolution du Cèdre .

Un mois plus tard, jour pour jour, le 14 mars, 1/3 de la population libanaise était dans la rue , unie autour d’une revendication commune : les Syriens doivent partir et le Liban recouvrer sa pleine souveraineté. Et l’armée syrienne fut contrainte d’évacuer le Liban.

L’attentat de ce week-end contre le général Wissam el-Hassan , lui aussi connu pour son hostilité au régime de Damas, peut-il enclencher une nouvelle révolte populaire contre le grand voisin syrien ?

Depuis le début de la révolte en Syrie, les Libanais craignent la contagion . Jusqu’à présent, elle n’avait touché que la grande ville du Nord, Tripoli, qui compte une importante minorité alaouite, la secte à laquelle appartient le clan Assad, au pouvoir à Damas. Mais l’attentat d’Achrafieh, vendredi dernier, montre que le régime syrien aux abois est déterminé, pour gagner un sursis, à mettre le feu chez ses voisins. En agitant la menace d’une apocalypse dans la région, il vise en particulier le petit Liban, société multicommunautaire dotée d’un Etat fragile, où 15 ans de guerre civile a provoqué la mort de plus de 150 000 personnes.

Le retour de la guerre civile, c’est une issue que toutes les forces politiques libanaises disent vouloir éviter à tout prix . Mais comment les sunnites, que visent particulièrement ces attentats, peuvent-ils tolérer que le chef du Courant du Futur, Saad Hariri, fils de Rafic, soit contraint de participer à la vie politique libanaise depuis son exil en Arabie saoudite, sa vie étant menacée dans son propre pays ? C’est la « rue sunnite », comme on dit là-bas, qui a conspué le premier ministre Nagib Mikati, nationaliste-syrien et ami personnel de Bachar El-Assad, après l’enterrement du général Wissam al-Amine dans le mausolée de la mosquée Mohammad Al-Amine, où repose déjà la dépouille de Rafic Hariri. « Nous en avons assez de pleurer et d’enterrer nos morts en nous croisant les bras », a déclaré le moufti Oussama Rifaï. Il y a avait aussi des druzes et des chrétiens, dans les manifestations. Mais les slogans désignaient comme responsable de ce nouveau massacre le Hezbollah chiite, allié de Damas et de Téhéran et qui dispose d’une milice armée .

Le président de la république, Michel Sleiman, connu pour avoir constamment observé une stricte neutralité, a accusé implicitement la Syrie d’être le commanditaire de ce nouvel attentat. Quant aux chrétiens des Forces libanaises de Samir Geagea , ils ne cachent vouloir tirer la conclusion que le temps est venu, au Liban, d’une « recomposition » . Est-ce à dire que Hezbollah devrait rendre ses armes le jour où le clan el-Assad tombera à Damas ?

En tous cas, le Hezbollah, qui se comporte comme un Etat dans l’Etat et contrôle des régions entières du Liban, a tout à perdre à la chute de la dynastie El-Assad.

On lira, sur le site de L’Orient Le Jour, le très beau texte du poète Fady Noun , appelant les Libanais à ne pas s’engager dans le cycle sans fin de la vengeance et des représailles. « Ne faisons pas le jeu des commanditaires de cet attentat » a averti également Michel Sleiman. Mais force est de constater qu’il va devenir difficile aux Libanais de garder leur calme face à la tentative désespérée d’un voisin aux abois pour exporter sa guerre.

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