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Rigueur (allemande) versus croissance (française) ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Et si on écoutait un peu ce que disent les Allemands, au lieu de caricaturer leur position, en montant un faux débat à usage électoral, censé opposer « partisans de la rigueur » (Français, gentils) aux « partisans de l’austérité (Allemands, méchants) ?

Comme le dit dans Le Monde Jens Weidmann, président de la Bundesbank, « être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde » : tout le monde est pour, bien entendu. Mais comme l’écrit aussi Wolfgang Schäuble dans Les Echos : « Par croissance, je n’entends évidemment pas la stimulation artificielle de la demande aux moyens de dépenses budgétaires accrues ». Et Jens Weidmann : « Un feu de paille conjoncturel en s’endettant ne mène pas à la croissance. » La rigueur budgétaire et la croissance ne sont pas incompatibles. L’Allemagne en apporte chaque jour la preuve.

Mais pourquoi monter ainsi au créneau ? François Hollande n’a jamais dit qu’il souhaitait aggraver nos déficits publics dans l’espoir d’obtenir ainsi une relance bien illusoire de la consommation. Je me souviens même qu’il a dit le contraire. Dans une série d’articles publiés sur Slate en 2009, il critiquait en ces termes le « grand emprunt » de son prédécesseur : « Qu’importe l’intention politique, ce grand emprunt s’analysera pour ce qu’il est : une nouvelle dette pour prendre en charge un nouveau déficit, plus large encore que le précédent. Le grand emprunt d’aujourd’hui prépare les grands impôts de demain les générations suivantes paieront, et pour longtemps. » Je ne crois pas que, devenu président, il ait changé d’avis.

D’où l’impression des Allemands selon laquelle, « le Président Hollande est encore un peu en campagne », comme le dit Sylvain Broyer, le chef économiste, à Francfort, de Natixis. Les désaccords sont sur-joués à destination de l’électorat français, estime Der Spiegel. Et cependant, on ne peut nier qu’ils existent : la suggestion faite par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault d’inciter la BCE à prêter directement aux pays en crise, par exemple, est jugée inacceptable à Berlin. Les eurobonds, également du moins, tant que n’est pas réalisée l’union budgétaire, comprenant un sévère contrôle des finances publiques. « On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu’un dont on n’a pas les moyens de contrôler les dépenses », dit encore Jens Weidmann. L’opinion allemande est très remontée : selon ZDF, 78 % des Allemands sont hostiles à cette forme de mutualisation des dettes. Il n’y aura pas d’eurobonds parce que les Allemands n’en veulent pas.

Mais ils ont l’impression, écrit Der Spiegel, que François Hollande en brandit l’éventualité pour monter contre eux une coalition. Or la chancelière a prévu sa riposte. Elle acceptera un certain nombre de suggestions françaises – pour mieux rejeter les autres.

Primo, d’accord pour augmenter sensiblement les moyens de la BEI jusqu’à 10 milliards, dont les Allemands acquitteraient 1,6 Milliards. Il s’agirait notamment de financer de grandes infrastructures transfrontalières, comme le TGV Lyon-Turin, ou des pipelines pétroliers et gaziers comme Nabucco. L’Allemagne n’est pas fermée non plus à l’idée de conférer une licence bancaire au futur Mécanisme européen de stabilité.

Mais surtout, Angela Merkel entend convaincre les Etats membres en panne de compétitivité de s’inspirer de l’Agenda 2010 de Schröder, qui a permis à l’Allemagne de sortir de sa maladie de langueur : aider à la création de start-ups, favoriser l’apprentissage, créer des zones économiques spéciales échappant à la plupart des taxes, promouvoir la mobilité des travailleurs, créer des agences publiques chargées de privatiser les entreprises publiques, rendre les licenciements plus simples et plus faciles, pour stimuler les embauches. Plusieurs pays du Sud ont déjà bougé dans le sens d’un effort de compétitivité, l’Espagne de Rajoy et l’Italie de Monti. Mais si le premier passe pour un allié d’Angela Merkel, le second appuie les idées de François Hollande. On ne saurait donc parler d’un front du Sud contre l’Europe du Nord, qui est elle-même divisée. Et l’essentiel est que les deux plus grands pays de l’Euroland parviennent rapidement à une position commune. Ce ne devrait pas être aussi difficile que le prétendent nos médias respectifs.

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