LE DIRECT

Rigueur de gauche ?

4 min
À retrouver dans l'émission

C’est ce qui s’appelle un budget de rigueur . Pensez donc : les recettes de l’Etat sont gelées en valeur (comme en 2011 et 2012), c’est-à-dire qu’elles baisseront en volume, compte tenu de l’inflation qui en rabote plus de 2 %.

François Hollande maintient le cap qu’il avait fixé durant sa campagne électorale : retour aux 3 % de déficit budgétaire dès 2013 , première étape vers la conquête de l’équilibre en fin de mandat. La gauche « tax and spend », c’est fini. Car la vieille idée selon laquelle la croissance et les emplois sont fonction de l’ampleur de la demande publique et du déséquilibre budgétaire, a été invalidée par l’expérience récente. Ce n’est pas l’Allemagne, avec ses finances publiques rigoureuses qui subit la croissance 0 et les 3 millions de chômeurs, c’estla France, avec son budget qui n’a jamais été à l’équilibre depuis presque 40 ans

Quels sont donc les moyens mis en œuvre par ce président socialiste, mais vertueux : 30 milliards d’économies, dont 20 provenant de l’impôt et 10 des sacrifices de l’Etat. Il y a débat sur les deux points : primo, le rapport 1/3, 2/3, n’aurait-il pas dû être inversé : dans un pays où des « agences publiques », aux attributions souvent douteuses, dépensent 65 milliards, selon l’Inspection générale des Finances, n’y aurait-il pas davantage d’économies à faire de ce côté-là ? Dans un pays où, selon le député de gauche René Dosière, les collectivités territoriales , trop nombreuses, gaspillent environ 15 milliards chaque année, est-il bien raisonnable de demander un effort supplémentaire aux contribuables et aux entreprises ?

Car – deuxième problème – est-on bien sûr qu’il s’agisse d’une « rigueur de gauche » ? Selon le gouvernement, ce sont les ménages aisés et les grosses entreprises qui seront mis à contribution, mais non pas les classes moyennes, ni les PME, déjà étranglées par les cotisations de toute sorte. Certes, les nouvelles tranches de l’impôt sur le revenu, à 45 % et à 75 % ne toucheront que les riches. Mais le gel du barème est bel et bien une hausse déguisée sur les revenus moyens , puisqu’il ne tient pas compte de l’inflation. On notera en tous cas la divergence entre un MEDEF – plutôt en phase avec les grosses entreprises – qui crie à l’assassin et une CGPME qui n’est pas sur la même longueur d’onde.

La France a un problème de crédibilité : avec une dette publique qui s’est envolée au point de paraître incontrôlable, à 90 % du PIB, il nous faut revenir au fameux seuil des 3 % de PIB aussi vite que possible pour continuer à faire partie, en Europe, des pays dont la signature est sérieuse et qui bénéficient, à ce titre, de taux bas sur leur dette. Ce n’est pas une affaire de droite ou de gauche, c’est une question de crédit politique : on ne peut pas demander au Parlement d’approuver un Pacte budgétaire, par lequel nous nous engageons à ramener le déficit à 0,5 % hors conjoncture, sous peine de sanctions, et laisser notre Etat continuer à s’endetter au rythme de ces dernières années.

Mais nombre d’économistes – et pas seulement les keynésiens de l’OFCE Alternatives Economiques mettent en garde : dans un contexte économique marqué par une croissance zéro, la rigueur risque fort de se traduire par une récession . Laquelle entraînera un manque à gagner pour les finances publiques… ce qui rendra l’objectif de – 3% de PIB inatteignable. La Cour des comptes, qui a recommandé d’atteindre sans tarder cet objectif, estimait l’effort à fournir à 33 milliards d’euros – avec une croissance de 1 %. Dans le cas d’une croissance nulle, l’effort était estimé à 44 milliards. Avec la croissance négative que nous aurons très probablement, ce sera bien davantage encore. Il faudrait un miracle. Le risque d’un scénario à l’espagnole – la spirale récessive n’est donc pas exclu.

Le vrai problème du pays est devant nous, c’est celui de la compétitivité de nos entreprises . Sinon, l’objectif du retour dans les clous, à l’allemande, paraît simplement utopique. Et le prix à payer, devant l’électorat de gauche, serait exhorbitant.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......