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Rocard contre la tyrannie médiatique de l'instant

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Décidément, ce socialiste était un libéral. Son testament dans Le Point.

En douze pages d’interview, Michel Rocard, 85 ans, livre, paraît-il, son testament politique à l’hebdomadaire Le Point. De Mendès France à Jospin, en passant par Rocard, la gauche française n’a eu de cesse d’éliminer aussi rapidement que possible les têtes qui dépassaient. Les individualités trop brillantes, les esprits trop lucides font, sans doute, de l’ombre à une bureaucratie d’appareil qui leur préfère étrangement les cyniques amoureux du pouvoir. Tel fut le sort de Michel Rocard, cantonné à des ministères secondaires dans les gouvernements de 1981-1986, puis nommé premier ministre par un Mitterrand qui le haïssait, afin de « lever l’hypothèque Rocard », comme il l’explique dans ses mémoires.

L’ancien premier ministre – il aura tout de même exercé la fonction durant trois ans et cinq jours – y revient sur un certain nombre de thèmes qui lui sont familiers.

Et tout d’abord, vous l’avez dit, sur la prise de contrôle du temps politique par les médias. Dans ses Mémoires, « Si ça vous amuse », publiées en 2010, Rocard expliquait déjà que l’art de gouverner tient au maintien d’un équilibre difficile entre deux exigences. D’une part gérer une collectivité humaine, en assurer l’adaptation et le changement – c’est ce qu’il désigne comme « pyramide d’influence descendante », du sommet vers la base. De l’autre, la « pyramide ascendante » qui va des citoyens aux gouvernants et s’exprime par l’élection. La confiance.

Rocard relevait que ces deux « pyramides » correspondent au double sens du mot politique. Car la politique, c’est à la fois un art de la gestion, mais aussi le mode de désignation des responsables publics. Or, selon Rocard, les médias, parce qu’ils ne visent qu’au spectacle, focalisent l’attention du public sur les seuls jeux de pouvoir. Au détriment des intérêts gestionnaires que les journalistes, de manière générale, saisissent mal.

Et c’est la raison pour laquelle les politiques, pris dans les projecteurs des médias, sont prisonniers de l’instant. « Le problème de François Hollande, c’est d’être un enfant des médias », dit Rocard au Point. « Sa culture et sa tête sont ancrées dans le quotidien. Mais le quotidien n’a à peu près aucune importance. (…) Cet excès de dépendance des politiques aux médias est typique de la pratique mitterrandienne, dont François Hollande est l’un des meilleurs élèves. Or, le petit peuple de France n’est pas journaliste. Il sent bien qu’il est gouverné à court terme et que c’est mauvais. »

Dans ses mémoires, Rocard écrit à plusieurs reprises s’être toujours méfié du spectaculaire et du symbolique. Le spectaculaire, parce que c’est une manière d’amuser les médias qui se retourne contre ses initiateurs. Quant au symbolique, il faut l’éviter parce qu’il ne saurait faire l’objet ni de négociations, ni de compromis.

Au gouvernement, il préférait, écrit-il, « résoudre les problèmes » en légiférant aussi peu que possible – car les lois relèvent surtout du symbolique, et mettre en présence les représentants des parties concernées. « Ma méthode, c’est la négociation, une approche technique et détaillée des problèmes à résoudre ». « Le dialogue social contre l’autoritarisme administratif ». La confiance envers les institutions de la société civile. Une telle méthode nous aurait peut-être valu un accord raisonnable sur la manière de combiner flexibilité et sécurité des salariés du secteur privé…

Michel Rocard mettait ainsi en application cette devise qu’il avait envoyée aux ministres de son gouvernement en 1988 - mais qui pourrait très utilement resservir : « Au fur et à mesure que les acteurs sociaux, économiques et culturels se révèlent aptes à se saisir des tâches d’intérêt général, l’action de l’Etat doit passer de la gestion directe au « faire faire », du « faire faire » à l’incitation, et de l’incitation à la définition des règles du jeu. » (p. 145)

Décidément, ce socialiste a toujours été un libéral…. Un ordolibéral. Lui qui disait récemment : « Le libéralisme, c’est la confiance dans la liberté, laquelle s’exerce à travers le cadre des lois qui la réglementent. »

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