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Rocard : renoncer au nucléaire est une folie !

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La conférence de Durban tombe au plus mauvais moment. Au mieux, elle indiffère – aucun chef de gouvernement n’a daigné faire le voyage en Afrique du Sud. Au pire, elle agace : face à la crise économique qui s’étend au monde entier, les gouvernants sont mobilisés pour sauver la croissance dans leur pays. Les enjeux climatiques, de portée globale, à plus long terme et plus complexes, passent au second plan.

Nous autres, Européens, avons joué le jeu depuis notre engagement de Kyoto et réduit de 7 et demi pour cent nos émissions de gaz à effets de serre. Aujourd’hui, la part de l’Union européenne dans les émissions de CO² n’est plus que le dixième du total mondial. Les Etats-Unis ont réduit les leurs dans les mêmes proportions mais c’est largement un effet de la crise économique. Et Washington refuse toujours de signer le protocole de Kyoto. C’est comme pour la prison de Guantanamo : Obama ou George W Bush, ça ne change pas grand-chose. Sinon, que nos journaux en parlent moins. Ils y sont d’autant moins disposés, les Américains, qu’ils constatent que les Japonais veulent s’affranchir de leurs engagements passés et que monte en puissance une production chinoise dévoreuse d’énergies fossiles : ¼ du CO² rejeté actuellement dans l’atmosphère provient des usines de l’Empire du Milieu. La position de l’Inde est encore plus fermée.

Selon le dernier Rapport sur les perspectives mondiales publié par l’Agence internationale de l’énergie, la demande primaire d’énergie va s’accroître d’un/tiers entre 2010 et 2035. 90 % de cette croissance sera le fait des pays n’appartenant pas à l’OCDE, donc des émergents la consommation chinoise d’énergie fossile dépassera de 70 % celle des Etats-Unis dans un quart de siècle.

Pas étonnant : il y a un rapport direct entre la sobriété énergétique des Européens et les niveaux de CO² émis par les industries chinoises et indiennes. Plus la production devient coûteuse chez nous, sous l’effet de la reconversion vers le non-polluant, plus elle tend à se délocaliser chez eux. Bénéfice pour la planète : zéro !

C’est un peu ce qui se passe en Europe, depuis la décision des Allemands, Suisses et Italiens de renoncer à l’électricité d’origine nucléaire. Comme l’écrivait Elie Cohen au lendemain de cette décision : « Les pays sortant du nucléaire et misant sur les énergies renouvelables vont accroître leurs importations d’énergie d’origine nucléaire, ne serait-ce que pour sécuriser ces sources de production intermittentes que sont les éoliennes et le solaire. La France devient le hub nucléaire de l’Europe et un exportateur majeur. » (Télos, 29 mai 2011)

François Hollande l’a bien compris, qui est revenu hier de manière spectaculaire sur les promesses faites aux écologistes par son Parti socialiste. Le député du Nord Christian Bataille parie qu’au cours de la prochaine législature, si les socialistes, ses amis, y sont majoritaires, ce n’est pas deux centrales qu’on arrêtera mais une seule, voire zéro. » Les propos de Michel Rocard sur le nucléaire, la semaine dernière, ont été entendus comme un avertissement : « Vouloir attenter au nucléaire est une folie », a-t-il déclaré le 13 novembre dernier au Parisien. Et d’ajouter : « dans 7 ou 8 ans, il y aura une diminution frénétique des ressources » parce que « nous sommes entrés dans le pic pétrolier ». Et l’ancien premier ministre socialiste a mis en garde : « Il se profile un drame de civilisation où nous aurons une décroissance par manque d’énergie. »

Lorsqu’il est question de politique énergétique, et en particulier du nucléaire, il est devenu bien difficile de sortir des idées reçues et des positionnements idéologiques. Mais puisque vous êtes écologiste et candidate à la présidence de la République, Corinne Lepage, pouvez-vous nous dire quelle serait la vôtre et quelle serait votre attitude à la Conférence de Durban ? Quelle serait la part du nucléaire dans le mix énergétique ?

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