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Russie, dopage d'Etat

3 min
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Lorsqu’eut lieu la réunification des deux Allemagnes, la RFA héritait d’une Allemagne communiste à l’économie en ruines, affreusement consommatrice d’énergie et polluante. Au moins, se consolèrent les dirigeants de la République fédérale, nous recueillons aussi des équipes sportives parmi les plus médaillées du monde. L’année précédant la chute du Mur, aux Jeux Olympique de Séoul, la petite démocratie-populaire allemande avait remporté 102 médailles, ridiculisant la République fédérale qui, quoique deux fois plus peuplée, n’en avait ramené que 40. En 11 Jeux olympiques, la RDA avait remporté 519 médailles, dont 192 en or. Un peuple de sportifs.

La triste vérité est apparue très vite. Les 8 000 entraîneurs du pays étaient payés pour doper 10 000 athlètes, souvent à leur insu, avec des produits dangereux et à des doses massives. Nombre d’entre eux, depuis, ont été victimes de maladies étranges, d’arrêts cardiaques, ou de changement de sexe, comme la médaillée d’or du lancer de poids féminin, Heidi Krieger, bourrée de testostérone, devenue Andreas .

Le miracle sportif est-allemand était fondé sur un usage massif du dopage. Les vrais entraîneurs étaient des chimistes … Les performances faisaient l’objet d’une planification, le plan d’Etat 14.25, ultra-secret, mais tombé entre les mains des autorités allemandes après la réunification.

Cela a rendu les Allemands suspicieux. La chaîne de télévision ARD a produit et diffusé plusieurs documentaires comportant le témoignage de certains athlètes russes, accusant leur gouvernement d’avoir organisé le dopage sur une grande échelle et truqué les résultats de nombreuses compétitions sportives.

Aujourd’hui, ces accusations sont confirmées par le rapport de l’Agence mondiale antidopage, qui réclame carrément l’interdiction de la Fédération russe d’athlétisme russe de toute compétition internationale , en particulier aux JO de Rio de l’année prochaine.

Dick Pound, l’ancien président de l’Agence mondiale antidopage, responsable du rapport, dit : « C’est un dopage d’Etat. Nous supposons que c’est une attitude héritée de l’époque de la guerre froide, des années 60, 70 et 80. » Déjà, le Comité Olympique International a dû retirer leurs médailles rétroactivement à 7 athlètes russes, convaincus de dopage.

Presque simultanément, on apprenait que l’ancien président de l’Association des fédérations d’athlétisme, Lamine Diack, était mis en examen pour corruption passive et blanchiment aggravé . Il aurait accepté des pots-de-vins pour dissimuler des cas flagrants de dopage. La marathonienne russe Lilia Choboukhova reconnaît avoir payé 450 000 euros la Fédération d’athlétisme russe pour faire disparaître des échantillons positifs…

lilia Choboukhova
lilia Choboukhova Crédits : FSB - Radio France

Patrick Vassort, sociologue du sport, dénonce dans ses livres le traitement de « rats de laboratoire » auquel sont soumis massivement les sportifs de haut niveau, mais aussi les autres. Car le dopage, explique-t-il, s’est généralisé, globalisé. Les bons entraîneurs sont ceux qui connaissent des moyens de « reculer le seuil de souffrance ». Les fédérations nationales ferment souvent les yeux, lorsque, comme dans le cas de la Russie, elles ne se comportent pas franchement en co-organisatrices du dopage de leurs athlètes.

Déjà, à l’époque de la guerre froide, les épreuves internationales servaient de substituts aux affrontements entre blocs. On peut s’en réjouir. Mieux vaut s’affronter sur les stades que sur les champs de bataille. C’était l’un des objectifs initiaux de l’olympisme. On peut se demander si le dopage d’Etat auquel se livre la Russie de Poutine n’est pas l’un des signes d’un retour en arrière, vers les mauvaises habitudes soviétiques .

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