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Santé : la dérive des comptes

3 min
À retrouver dans l'émission

Nous dépensons beaucoup pour notre santé – 240 milliards d’euros par an. 12 % du PIB. La moyenne OCDE est légèrement inférieure à 10 %. Admettons que nous sommes mieux soignés que la moyenne. Mais comme on sait, ce sont l’hygiène et l’alimentation qui sont déterminants pour l’état de santé générale d’une population. Pas nécessairement la consommation de médicaments, dont nous abusons. La moitié de ceux qui sont prescrits ne sont pas consommés. Et la moitié, du reste, ne servent à rien, comme l’ont montré Bernard Debré et Philippe Even dans leur Guide des médicaments inutiles ou dangereux…. Mais le problème n’est pas tant celui de ces dépenses que celui posé par leur évolution et de leur financement.

L’évolution, c’est celle d’une lente dérive. Notre système d’assurance-maladie est en déficit chronique. Il manquait 4,4 milliards d’euros en 2008, 10,6 milliards en 2009, 11,6 milliards en 2010, 8,6 milliards en 2011, 5,9 milliards en 2012. La prévision pour cette année est d’une dérive de 7,9 milliards. Comment fait-on ? On s’endette. C’est-à-dire que nous confions aux prochaines générations la charge de payer, outre leurs propres dépenses de santé, une partie de celles que nous consommons aujourd’hui.

C’est une situation d’autant moins tenable que les perspectives sont inquiétantes : le vieillissement attendu de la population ne peut se traduire que par une forte progression des dépenses de l’assurance-maladie, mais aussi de l’assurance-vieillesse.

Le problème de fond de notre système tient à la juxtaposition d’une logique libérale – liberté d’installation et de prescription des médecins, liberté de choix du praticien pour les malades – et d’un système de remboursements qui, lui, est socialisé . Une véritable invitation à l’irresponsabilité.

Il se double d’un problème qu’on découvre en lisant votre livre, Didier Tabuteau, celui que pose le système de double commande de notre système de santé, piloté à la fois par l’Etat, avec sa ministre de la Santé, d’une part, la Caisse nationale d’assurance-maladie et son puissant directeur, de l’autre. Les désaccords entre ces deux autorités étant fréquents, notre système manque de cohérence.

Comme il faut bien sortir de la première de ces contradictions, s’est mise en œuvre une logique jamais avouée ni discutée publiquement – celle d’une privatisation rampante . La part remboursée par la Sécurité sociale baisse constamment celle qui est prise en charge par les mutuelles et assurances ne cesse d’augmenter. Et encore, les chiffres cités dissimulent-ils une partie de la vérité. On nous dit que les organismes complémentaires ne financent que 14 % du coût des soins et que le taux de couverture par l’assurance-maladie demeure élevé, autour de 75 %. Mais si l’on tient compte du remboursement à 100 % des affections de longue durée, on s’aperçoit que le remboursement des dépenses de soins courants par la Sécu n’est plus que de 56,2 % . Chiffres que je tire du livre très éclairant de Véronique Vasseur et Clémence Thévenot, « Santé, le grand fiasco », qui vient juste de paraître.

Autre preuve de cette privatisation rampante : c’est aux mutuelles que la puissance publique est en train de sous-traiter la modération des prescriptions . A travers les réseaux de soin conventionnés, vivement conseillés à leurs adhérents s’ils veulent continuer à se voir remboursés de tout ce que la Sécurité sociale ne couvre pas… Comme d’habitude, nos gouvernants se gardent bien de réformer. Ils se contentent de poser des rustines, espérant repasser la patate chaude à leurs successeurs, comme l’avaient fait leurs devanciers.

Comment doter notre système de santé de ces « stabilisateurs naturels » qui lui permettrait de s’auto-réguler ?

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