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Santé : un système déresponsabilisant

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On en parlait hier : lorsque la croissance est bonne, une progression limitée des dépenses sociales n’est pas aberrante. Ainsi, chez nous, en France, les dépenses de santé augmentent à un rythme voisin de 2,4 % l’an . Hé bien, si nous avions aussi 2,4 % de croissance, ce serait parfait. Il ne serait pas nécessaire d’augmenter les cotisations, ou de tenter de « responsabiliser » davantage les patients en augmentant la part des frais de soins qu’ils ont à charge. C’est en gros ce que dit la Cour des comptes dans son Rapport sur les Comptes de la Sécurité Sociale, rendu public mercredi dernier. Le problème, c’est que nous n’avons pas 2,4 % de croissance, mais pratiquement zéro…

Il faut donc « faire des efforts » - refrain de l’année. Le plan d’économie de 50 milliards d’euros sur 3 ans, annoncé par François Hollande au début de cette année comporte ainsi un volet santé. Nous devons économiser 10 milliards sur nos dépenses de santé d’ici 2017 , c’est-à-dire non pas dépenser moins, mais limiter la progression des dépenses à 2 %, au lieu du rythme de 2,4, auquel nous voguions, ces dernières années. Pour parler gros sous, cela correspond à une hausse des dépenses de santé limitée à 3milliards 600 millions par an. Parmi les mesures annoncées par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, certaines sont récurrentes au point de devenir obsessionnelle – favoriser les génériques des médicaments chers, éviter les actes redondants, comme les doubles ou triples passages en radio qui, en plus sont mauvais pour la santé.

Mais l’hôpital est particulièrement concerné. Et c’est logique, puisqu’il absorbe environ 45 % du total de nos dépenses de santé. Nos hôpitaux sont donc invités à mieux se gérer, en particulier à mutualiser leurs achats, pour casser les prix. La ministre réclame aussi une réorganisation des parcours de soin – je hais ce charabia techno – qui passe, en particulier par la chirurgie ambulatoire. En bon français, compréhensible par tous, le patient est accueilli le matin, il est endormi, opéré, il se réveille et rentre chez lui le soir. Cela permettrait de supprimer des lits et donc de faire des économies.

Or, les hôpitaux ne semblent pas pressés de s’y plier autant qu’ils le pourraient. La Cour des comptes le déclare dans son langage châtié : « la chirurgie ambulatoire connaît en France un retard persistant et son potentiel d’économies n’est pas exploité. Cela aurait-il à voir, par hasard, avec la grande dérive des tarifs d’hospitalisation ?

L’Observatoire des restes à charge a dénoncé, l’année dernière, des écarts allant du simple au sextuple entre établissements, pour la même prestation… Le prix d’une journée d’hospitalisation en médecine s’élevait à 358 euros par jour au Centre hospitalier de Nogent-le-Rotrou, contre 2 230 à l’hôpital de Lunéville… Evidemment, la majorité des patients ne s’en rendent pas compte, puisque le tarif journalier de prestation, théoriquement à leur charge, est acquitté par leur mutuelle. Du moins pour ceux qui en ont une…. Mais on s’est aperçu que ce tarif lui-même variait dans des proportions inacceptables d’un établissement à l’autre. En toute opacité. Aussi le Collectif inter-associatif sur la santé, qui regroupe des associations de patients, demande que ces tarifs soient rendus publics, afin que les patients hospitalisés sachent à quoi ils doivent s’attendre. Il n’est pas normal que les directeurs d’hôpitaux puissent se servir sans véritable contrôle de ces tarifs journaliers pour équilibrer leurs comptes, aux frais du système de santé.

Mais n’est-ce pas à l’image de ce système lui-même, dans lequel les payeurs n’ont pas de réel contrôle sur les actes pratiqués, ni sur les prescriptions ? Un système qui articule une logique libérale et un financement en majorité public ? Comme vous l’écrivez dans votre note pour le Conseil d’analyse économique, Brigitte Dormont, du côté de l’offre de soins, il n’y a pas de régulation, du côté de la demande, le patient est à la fois déresponsabilisé et mal protégé. En outre, un pourcentage important de salariés n’est pas couvert automatiquement par son employeur et doit s’assurer à ses frais. Ce système n’est pas équitable. Quels sont vos remèdes ?

On observera qu'une fois encore, les réformes de structure qui seraient pourtant nécessaires, n'auront pas lieu . On se contente d'un coup de rabot sur les dépenses, censées ne pas mécontenter gravement des catégories sociales qui savent, pourtant, qu'il ne s'agit que de rafistoler un système qui prend l'eau.

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