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Sarkozy, Blair et les médias

4 min
À retrouver dans l'émission

Depuis que j’ai lu les Mémoires de Tony Blair , je rêve du livre qu’écrira certainement Nicolas Sarkozy lorsqu’il aura quitté l’Elysée, que ce soit ou non la semaine prochaine. Il y a, en effet, entre ces deux hommes, plusieurs points communs.

L’ancien Premier ministre britannique explique sans détours comment il a pris le pouvoir, et d’abord au sein d’un parti qui n’aimait ni ses idées, ni ses manières . Comme Sarkozy parmi les néo-gaullistes chiraquiens, Blair n’était pas de la famille. Il faisait mauvais genre. Sa recette a été de faire miroiter une victoire électorale aux travaillistes, qui venaient d’être battus quatre fois de suite par les conservateurs, dont trois fois par Margareth Thatcher (1979, 1982, 1987). Pour retourner enfin au pouvoir, ils étaient prêts à avaler bien des couleuvres, et même à renoncer à une part importante de leur programme.

Comme Sarkozy, Blair s’est fait élire en promettant une rupture avec le passé , sans vraiment remettre en question complètement son héritage. Blair n’avait pas d’idéologie précise, c’était un pragmatique – il répète constamment dans son autobiographie que, pour lui, « ce qui compte, c’est ce qui réussit » ses adversaires disaient : un opportuniste.

Comme la France contemporaine, la Grande-Bretagne de 1997 était hantée par l’idée de son déclin . Blair chercha à calmer cette angoisse collective en inventant des motifs de fierté nationale – même si la « Cool Britannia » a des connotations plus branchées que « la France forte ».

Mais c’est surtout dans le rapport avec les médias que le parallèle s’impose. Comme Sarkozy, Blair commença par fasciner les journalistes par la nouveauté de son style de gouvernement. Comme Sarkozy, il leur devint assez vite antipathique et il passa les dernières années de sa vie au 10 Downing Street dans une atmosphère de bunker, encerclé par des journalistes, considérés comme des ennemis.

Blair relève que la politique – au sens de gestion pratique des affaires publiques – n’intéresse pas les médias d’ailleurs, juge-t-il, ils n’en comprennent généralement pas les enjeux. Ils sont « portés sur le sensationnel » et à l’affût des scandales (p. 361). Ils ne s’y intéressent, selon lui, que dans les premiers temps d’une alternance politique, lorsqu’il y a « rupture avec la philosophie des prédécesseurs ». Après « l’intérêt s’estompe et il est très vite remplacé par un sentiment de déjà vu. » C’est pourquoi sa stratégie de communication a été : « nourrir la bête, sinon c’est elle qui vous mangera ». (168) Il faut, dit Blair, « tenter de contrôler son image pour ne pas laisser s’installer une perception négative ». Et cela passe par des annonces spectaculaires, qui prennent de court les journalistes une ébullition permanente de la machine à inventer des histoires, des tirs de communication en rafale.

Blair a utilisé sans vergogne l’aura dont jouissent les people, comprenant d’instinct que la « république du divertissement » avait triomphé de « l’Etat des Lumières », pour reprendre la distinction de Toby Mundry. La méfiance envers le discours d’expertise et l’exaspération du sentiment populaire envers les élites sociales traditionnelles a bénéficié aux people du star-système elles apparaissent comme plus démocratiques. Blair contribua ainsi à la sanctification de Diana , pour associer sa propre image à celle de la « princesse du peuple ». Il mobilisa toute sorte de vedettes, dont David Beckham pour mener sa campagne pour les JO de Londres en 2012, avec le succès qu’on sait. Rien d’étonnant à ce que le choix de Sarkozy se soit porté sur Carla Bruni .

Enfin, les propos de Saïd Mahrane , journaliste au Point à propos de Nicolas Sarkozy, que vous rapportez, auraient pu parfaitement s’appliquer au Tony Blair de la fin : « Je vais vous dire pourquoi il est détesté : d’abord parce qu’il a suscité un espoir dingue. » Mais Tony Blair, comme Margareth Thatcher a été chassé du pouvoir par ses propres amis, après avoir remporté trois élections législatives consécutives…. Pensez-vous, Philip Gourevitch , que Nicolas Sarkozy conserve une chance d’en gagner deux ?

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