LE DIRECT

Scott Fitzgerald et Hopper

3 min
À retrouver dans l'émission

Il y a comme ça des triomphes, qui sont de belles revanches.

Prenez Scott Fitzgerald . Le voici dans La Pléiade, aux côtés de Joseph Conrad – que Scott admirait tant, d’Edgar Poe, de Faulkner et d’Hemingway. Durant des décennies, Fitzgerald a été considéré comme un habile tourneur de petites histoires pour jeunes filles délurées en jupes courtes et chapeaux cloches au mieux comme le témoin d’un certain esprit du temps – l’Amérique des « fantastiques années 20 ».

Philippe Jaworski, dans la préface qu’il donne aux deux volumes de la Pléiade, rappelle le mépris avec lequel les grands critiques de son temps accueillirent non seulement ses nouvelles, mais même les romans de Fitzgerald – Loin du Paradis, Beaux et Damnés, Gatsby le Magnifique, Tendre est la nuit. Mencken, le comparant à un « pianiste déchaîné qui joue d’oreille, mais est incapable de lire les notes » Hemingway, à un papillon – joli talent mineur d’une seule saison… A sa mort, en 1940, il était devenu un has been dont on refusait les textes.

Depuis les années 60, la réputation de Scott Fitzgerald ne cesse de grimper. On ne lit plus sous l’angle du témoignage sociologique et générationnel. Il n’est plus ce chroniqueur de l’âge du jazz auquel le confinait la mode rétro des année 70. L’œuvre a également cessé d’être écrasée par l’ombre portée par la vie de son auteur – Scott et Zelda , les hôtels de luxe (les bars d’hôtels surtout…), les voyages en paquebots et les hôpitaux psychiatriques. Fitzgerald sort enfin de la presse people.

Je ne vais pas vous parler de Fitzgerald parce que c’est l’un de mes écrivains préférés depuis aussi longtemps que je lis de la littérature. C’est trop personnel. J’aurais l’impression de parler de moi.

Alors juste une citation. Elle résume tout ce qui me charme chez Scott :

« Nous portâmes des toasts à nous-mêmes, et puis au Sud. Puis nous laissâmes sur cette table nos verres vides et nos serviettes et un peu de notre passé, et la main dans la main, nous sortîmes au clair de lune. »

(La dernière jolie fille)

Pour Edward Hopper, c’est une belle revanche posthume. Je n’aurais pas la cruauté de citer certaines histoires de l’art contemporain ou de l’art du XX° siècle, toutes récentes, qui le passent carrément sous silence, ou expliquent en préface pourquoi il n’en sera pas question dans leurs pages, parce qu’il s’agit d’une « démarche qui n’est pas radicalement novatrice » et que, de toute façon, « la peinture figurative n’est qu’une survivance »… On le considérait comme un peintre de genre, un régionaliste, un simple illustrateur aventuré par mégarde dans la vraie peinture, en marge de l’histoire de l’art officielle, celle des avant-gardes…

L’œuvre de Hopper a connu un début de notoriété en France, grâce à l’exposition « les réalismes » à Beaubourg en 1981. Déjà, elle comportait la Maison près du chemin de fer, qu’a reconstitué Hitchcock pour Psychose, Terrence Malick dans Les moissons du ciel, ainsi que les Fenêtres dans la nuit de 1928. Puis, l’expo de Marseille en 1988.

On dit que l’expo Hopper au Grand Palais va battre tous les records de fréquentation. C’est parce que l’Amérique peinte par Hopper est celle qu’on aime en Europe. C’est celle que Wim Wenders a été chercher sur place : les solitudes urbaines, surtout la mélancolie des petites villes les lumières froides jetée sur la banalité de la vie moderne, la hantise de l’horizontalité : lignes de chemin de fer qui traversent le paysage, la route toute droite bordée de maisons de bois peint, la ligne d’horizon , celle de la fenêtre ou d’un balcon. Lignes de fuite vers les grands espaces américains le ciel est la limite.

Fitzgerald, Hopper : deux artistes profondément américains quoique encore hantés par une culture européenne qui, en leur temps, passait encore pour supérieure, plus sophistiquée. Hopper s’est sans doute souvenu de Degas, en peignant son cinéma de New York en 1939 et Scott Fitzgerald, qui s’établit en Europe en 1924, a pu avoir connaissance des nouvelles à succès de Paul Morand, Ouvert la nuit, Fermé la nuit. Mais tandis qu’Henry James singeait encore les Européens, leur art à eux était déjà « all American ».

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......