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Se défouler sur l'UE

3 min
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Dominique Moïsi l’écrivait récemment : nous autres, Européens, tenons pour acquis et définitif un mode de vie qui suscite l’envie de la planète entière. Et nous semblons peu empressés de le défendre.

Nous jouissons tous, en Europe, d’une forme d’Etat de droit qui est loin de se répandre par contagion démocratique, comme on le croyait après 1989. Nos juges ne sont ni corrompus, ni inféodés au pouvoir exécutif. Nos policiers ne peuvent pas nous arrêter, ni nous détenir sans motif sérieux et établis, ni nous rançonner, ni nous torturer. Nous pouvons sans risque critiquer le gouvernement et en changer quand il nous déçoit, nous moquer des religions. Nos libertés sont sans égales, sauf peut-être en Amérique du Nord.

En outre, nous bénéficions des législations sociales les plus protectrices et des Etats-providences les plus généreux au monde. Angela Merkel aime rappeler que les Européens ne comptent plus que pour 7 % de la population mondiale, pour 23 % du PIB mondial, mais que nos dépenses sociales représentent 50 % du total mondial. Bref, nous sommes quelque part des enfants gâtés.

Nous vivons dans une sécurité quasi-totale , alors qu’autour de nous, se multiplient les tensions internationales, les conflits et les guerres de religion. Faut-il rappeler les 150 000 morts de Syrie, la e conflit larvé entre sunnites et chiites qui ensanglante des pays voisins, comme l’Irak, la terreur que font régner les talibans en Afghanistan, les attentats de Boko Haram au Nigéria, les grandes manœuvres navales en mer de Chine que tout le monde, en Asie orientale, compare aux guerres des Balkans de 1912-1913 ? Nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux, mais nous tenons notre Pax europeana comme un fait acquis, un droit. Dangereuse illusion.

Il est facile, dans ces conditions, de se défouler sur l’Union européenne, de lui attribuer tous les maux dont souffrent les pays du Sud de l’Europe. Mais enfin, la crise des dettes publiques a été provoquée par la fuite en avant des gouvernants nationaux, habitués à distribuer des richesses dont leurs politiques sont incapables de provoquer la création. La crise des banques, par le laxisme et la rapacité des banquiers, pas par la Commission européenne. L’UE, au contraire, s’est employée à colmater les brèches et à renflouer les navires qui sombraient.

On accuse injustement l’Union d’être le fourrier de la mondialisation , alors qu’elle s’acharne, au contraire, à imposer à nos partenaires commerciaux des règles environnementales et sociales qui sont au cœur de notre propre modèle. Seule, notre Union peut parvenir à « civiliser la mondialisation », comme vous le dites, Elisabeth Guigou.

Enfin, va se poser de plus en plus, la question de la taille critique . Que pesons-nous, nation par nation, dans un monde qui compte un milliard 237 millions de Chinois, un milliard 237 millions d’Indiens, un milliard 138 millions d’Africains ? A l’échelle de l’Asie, nous sommes tous des principautés de Monaco !

Oui, pour toutes ces raisons, nous devrions tous être euro-enthousiastes et chercher à doter notre Union de moyens supplémentaires dont elle a besoin pour défendre notre modèle enviable. Au lieu de quoi, Bruxelles est devenue le bouc-émissaire de nos échecs. A qui attribuez-vous le scepticisme croissant dont notre Union est victime et que proposez-vous pour rendre au projet européen la faveur dont il jouissait il y a un quart de siècle ?

Quelle politique de l’énergie , alors que Poutine peut décider de nous couper le gaz ? Quelle politique de l’immigration , alors qu’un demi-million de personnes campent, de l’autre côté de la Méditerranée, dans l’espoir de rejoindre notre îlot européen de sécurité et de prospérité ? Quelle politique de voisinage , alors que l’Ukraine hésite, au bord de la guerre civile ?

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