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Sergueï Gouriev

4 min
À retrouver dans l'émission

Sergei Guriev, vous êtes l’un des plus économistes russes les plus connus à l’étranger. Vous étiez depuis 2004, le directeur de la New Economic School de Moscou. Vous avez enseigné à la prestigieuse université américaine de Princeton et siégé au conseil d’administration de Sberbank , banque d’Etat, la plus importante du pays. Vous étiez réputé comme l’un de ceux qui invitent constamment les Occidentaux à investir en Russie, leur promettant la croissance, et la stabilité politique. Or, vous venez de choisir l’exil en France, après avoir été inquiété par la justice dans le cadre de l’affaire Khodorkovsky . Le fondateur de Yukos purge, comme on sait, une peine de déportation pour avoir tenté de mener ses affaires sans l’approbation du pouvoir politique. Pour aggraver votre cas, vous êtes réputé proche d’Alexei Navalny, le militant anti-corruption – le Erin Brockovich russe. Navalny, qui a été l’organisateur des manifestations anti-Poutine de la fin 2011 et 2012, risque 10 ans de prison.

Par ailleurs, vous avez aussi été « la plume » de l’ancien président et actuel premier ministre, Dmitri Medvedev , réputé plus libéral que son alter ego, Vladimir Poutine. Un autre économiste connu, Sergueï Alexachenko a d’ailleurs vu dans votre exil « la preuve que Medvedev n’était plus en mesure de soutenir ses partisans ». « S’il veut partir, laissez-le partir, s’il veut revenir, qu’il revienne » a déclaré à votre sujet, le porte-parole de Poutine. Mais bien des gens, en Russie, considèrent votre exil comme un mauvais signe. Car, vous n’êtes pas le seul à quitter la Russie citons Pavel Dourov, le fondateur du réseau social VKontakte, parti sur la pointe des pieds. Ce n’est pas encore Cuba, où la blague la plus fameuse était « que le dernier qui s’en aille n’oublie pas d’éteindre la lumière », mais enfin, il semble que pas mal de gens, en particulier parmi l’élite diplômée, soient en train de passer à l’Ouest, comme au temps de la Guerre Froide.

C’est peut-être la conséquence de l’autoritarisme du pouvoir, qui ne cesse de s’aggraver, depuis que l’ancien colonel du KGB, Vladimir Poutine, est redevenu président, échangeant son fauteuil avec Dmitri Medvedev. Mais vous l’avez dit, c’est aussi le signe d’une exaspération collective devant l’impossibilité de mettre en œuvre les réformes libérales qui permettraient à la Russie de se dégager du capitalisme d’Etat, avec ses réseaux de copinages, sa corruption endémique et son apparente incapacité à s’affranchir de sa dépendance envers les exportations de gaz et de pétrole.

Le pétrole, parlons-en. Certes, le cours du baril reste élevé, au-dessus des 100 dollars et les économistes s’accordent sur le fait qu’à partir de 110 dollars le baril, le budget de la Russie est équilibré. Grâce aux revenus du pétrole et du gaz, le pays a accumulé les réserves de change (plus de 500 milliards). Mais il est aussi accusé de faire baisser le cours de sa monnaie pour doper ses exportations. Certes, le chômage en Russie est très faible (6%). Certes encore, la croissance reste élevée, mais elle tend à baisser : 4,3 % en 2011, 3,6 % en 2012, et seulement 2,4 % en 2013. Et on observe, parallèlement à la fuite des cerveaux, une fuite des capitaux.

De manière globale, tout le monde s’inquiète d’une panne assez générale des BRICS, dont les taux de croissance spectaculaires étaient censés remplacer les anciennes puissances industrielles épuisées. Je sais bien que la Russie n’est pas dans une situation comparable à celle, catastrophique, du Brésil. Reste que, comme dans ce dernier pays, la croissance russe est basée sur le formidable appétit de consommation de sa population et sur l’élargissement de sa classe moyenne. Comme le Brésil, le pays est donc condamné à entretenir une croissance importante. Faute de quoi, il plongera dans la crise sociale. Votre départ signifie-t-il que vous avez cessé de croire en cette forte croissance ?

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