LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Si le braqueur avait été en prison...

4 min
À retrouver dans l'émission

Alain Madelin aurait dit (je cite le tout dernier livre de François Lenglet, « La Fin de la mondialisation, où j’ai trouvé cette citation) : « lorsque, face à un phénomène qui semble inexplicable, on a le choix entre la thèse de la conspiration, ou celle de la paresse intellectuelle, c’est en général la seconde explication qu’il faut retenir »

.

La gauche critique, éberluée devant le succès de la page Facebook consacrée à la défense de l’artisan-bijoutier Stéphan Turk, a cru pouvoir lui opposer le contre-feu habituel : c’est un complot ; les 1,5 millions de « likes » qu’elle a attirés en 4 jours auraient été achetés. La preuve : une société spécialisée dans leur décompte, Social Bakers, estimait, dimanche, que 80 % des clics provenaient de l’étranger….

Mais Le Monde d’hier fait justice de cette rumeur, en affirmant que « les données et témoignages récoltés pendant le week-end ont peu à peu écarté la possibilité d’un bidonnage d’une telle ampleur. » Le journaliste Michaël Szadowski écrit plus bas : « les dizaines de milliers de réactions qui accompagnent désormais chaque message de soutien au bijoutier ne laissent par ailleurs que peu de doutes sur la réalité de la forte expression d’un ‘ras-le-bol des citoyens de ce pays’ pour reprendre l’un des commentaires de la page Facebook. »

Sur le site de L’Express, on explique que la société Social Bakers a été débordée, dans un premier temps, par l’afflux soudain de « likes » qu’elle avait d’abord classés par erreur comme en provenance de « minor countries » et qu’elle a ensuite réintégrés comme bel et bien français . Chacun penchera vers l’explication qui conforte le mieux ses propres préjugés…

Mais pourquoi s’étonner que le sort de cet artisan, né au Liban, déjà cambriolé une fois, agressé et battu par un délinquant multirécidiviste de 19 ans, condamné 14 fois par la justice , provoque une émotion populaire ? Si son agresseur avait été en prison, murmure le bon sens populaire, il n’aurait pas agressé et volé M. Turk celui-ci n’aurait pas fait feu sur le scooter qui s’enfuyait, emportant le fruit de son travail. Et M. Turk ne risquerait pas de se retrouver, lui-même, en prison…

Les sondages le montrent de manière concordante depuis des années : l’opinion estime massivement que la justice est trop clémente envers les récidivistes . 87 % des sondés par l’IFOP, cet été, sont de cet avis. 74 % des sondés estiment que les peines prononcées à l’encontre des délinquants mineurs ne sont pas assez sévères (dont 85 % se disent électeurs de droite et 61 % électeurs de gauche).

La droite politique est globalement en phase avec son électorat. Sous Nicolas Sarkozy, le Parlement légiférait tous les six mois, afin de durcir l’arsenal répressif de la justice. Le député-maire de Nice, Christian Estrosi déclare sur Twitter : « La première victime, celle qui a été menacée de mort, c’est le bijoutier et je suis toujours du côté des victimes. »

L’opposition, elle, est profondément divisée entre une « gauche angélique », dont la tendance spontanée est à voir en tout délinquant une victime d’une société injuste et une "gauche sécuritaire ", plus en phase avec l’électorat. Le ministre de l’Intérieur fait partie de cette dernière. "Le 'sentiment d'insécurité, c'est ce qu'invoquait la gauche il y a vingt ans ! (...) Ce déni du réel est aujourd'hui révolu", déclare ainsi le sénateur socialiste André Vallini dans Causeur. Et d'ajouter : "Le premier rôle de la prison, c'est de protéger la société contre celui qui est considéré comme dangereux et qu'il faut mettre hors d'état de nuire . La privation de liberté a aussi une fonction punitive que je ne veux pas minorer. La punition est nécessaire." (Causeur juin 2013, p. 41)

Il y deux semaines, Manuel Valls a salué comme un « acte de bravoure », le geste de ce tout juste retraité, Jacques Blondel, qui a été assassiné en tentant d’arrêter, en les poursuivant en voiture, deux malfaiteurs qui s’enfuyaient en scooter, après le braquage d’un bureau de tabac . Je voudrais poser la question suivante : si l’un des deux braqueurs avait été tué à la place de cet ancien directeur du comité d’entreprise d’Air France, serait-il encore un héros ? Ou serait-il mis en examen pour homicide volontaire, comme l’est Stéphan Turk ?

Faut-il opposer « l’humanisme pénal » d’idéologues coupés du terrain – contre lequel polémique avec brio Alain Laurent dans un essai qui vient de sortir, «En finir avec l’angélisme pénal » (Les Belles Lettres) - à une gauche électoraliste, contaminée par ce que vous appelez, Denis Salas, le « populisme pénal » ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......