LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Snowden, traître ou héros libertarien ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment un individu isolé, placé à un échelon subalterne de la hiérarchie de l’organisation pour laquelle il travaillait en tant que contractant, a-t-il pu déjouer les systèmes de sécurité d’une structure aussi secrète que la National Security Agency américaine, qui emploie 60 000 personnes ? Pourquoi ce jeune homme sans histoire, se réclamant de la droite libertarienne , qui dénonçait Wikileaks comme une trahison, est-il devenu le plus fameux lanceur d’alerte de la planète ? Quels sont aujourd’hui ses liens avec le régime de Poutine auprès duquel il a trouvé refuge ? Quel est le juste équilibre, dans une démocratie, entre la sécurité et les libertés publiques , toutes deux également nécessaires, mais dont les exigences peuvent se révéler contradictoires entre elles ?

Quelques pistes. Sur le site Ars Tecnica, sur lequel il signait The True HOOHA, Edward Snowden développait des idées proches de la tendance Ron Paul du Parti républicain . Cette droite-là est inconnue chez nous. Elle considère l’Etat comme son ennemi naturel. Elle le soupçonne de chercher, de par sa nature même, à étendre constamment son contrôle sur les citoyens, sous prétexte de les protéger. Lorsque Barak Obama fait prendre un tournant à la lutte contre le terrorisme, en renonçant aux expéditions militaires de Bush et en leur substituant la recherche privilégiée de renseignements, Snowden y voit la preuve que l’Etat américain a dépassé toutes les limites et qu’il menace les libertés civiques. La NSA ingère automatiquement des millions de conversations privées, de manière automatique et indiscriminée. Le monstre est devenu aveugle. Le système est devenu fou, il est hors contrôle. Snowden décide alors de devenir l’un de ces « lanceurs d’alertes » qu’il condamnait sous le pseudonyme de True HOOHA.

D’après Luke Harding, ce journaliste du Guardian, qui a écrit un livre sur l’affaire Snowden, ce dernier ne peut être soupçonné d’avoir étén au départ, un espion russe, mais il vit peut-être aujourd’hui dans une cage dorée, en Russie . Harding révèle que Snowden a été piégé lorsqu’il séjournait sur l’aéroport de Moscou, d’où il comptait s’envoler pour la Bolivie, l’Equateur ou le Venezuela. Il a été contacté par Anatoly Kucherena, un avocat qui exerce des fonctions de relations publiques dans les services russes, le FSB. Ainsi s’expliquerait la « question inoffensive, servie sur commande et arrangée à l’avance » - commentaires de l’ancien avocat général de la NSA, Stewart Baker, lancée par Snowden à Vladimir Poutine : « est-ce que vous aussi, vous espionnez plusieurs millions de vos concitoyens ? » Ce qui a permis au maître du Kremlin, ancien colonel du KGB, dont le libéralisme est bien connu de rassurer pleinement le monde entier : « Nous avons un règlement strict concernant l’utilisation par les services spéciaux, de ces moyens notamment des écoutes téléphoniques et de la surveillance sur internet. » Ouf !

« Je n’ai prêté aucune allégeance à la Russie », déclare Snowden. Depardieu non plus. Mais il rend bien service à Poutine. De même que ses révélations ont servi aux Chinois de prétexte objectif pour renforcer leurs murailles numériques. Snowden, qui vient de confesser « avoir subi un entraînement classique d’espion et avoir vécu à l’étranger sous de fausses identités », est-il manipulé ?

Mais l’une des questions que pose le cas Snowden, c’est celle du recours à des sociétés privées pour des contrats de renseignement. Comme on sait, Edward Snowden n’était pas employé de la NSA, au moment de sa fuite, mais d’un cabinet privé, Booz Allen Hamilton. Les allers et retours entre ces sociétés privées et les agences d’Etat sont fréquents : ainsi, John Michael McConnell, le vice-président de Booz Allen Hamilton, a été un temps directeur de la National Intelligence. Simon Chesterman, s’en inquiétait récemment sur Project Syndicate : à l’heure actuelle, écrit-il, 70 % des 70 milliards de dollars que les Etats-Unis consacrent au renseignement sont attribués à des contractants privés. Cela pose nombre de problèmes. Parce que ces sociétés peuvent avoir des divergences d’intérêt avec l’Etat américain. Parce qu’elles jouissent d’une immunité légale inquiétante et qu’elles ont peu de comptes à rendre sur la manière dont elles travaillent. La situation est malsaine : dans une démocratie, où les services de renseignement doivent être contrôlés par le Parlement, cette fonction ne devrait pas être externalisée.

Vous me direz que si la NSA n’avait pas eu recours aux services de Booz Allen Hamilton, Edward Snowden n’aurait jamais eu l’occasion de prévenir le monde entier que les Américains espionnent nos conversations privées…

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......