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"Socialisme : la fin d'une histoire" ?

2 min
À retrouver dans l'émission

Dans un ouvrage qui vient de paraître au titre désenchanté, « *Socialisme : la fin d’une histoire* » (Payot), Jérôme Grondeux , un historien des idées politiques, fait un bilan critique de l’idée socialiste. A ses yeux, il y avait, dans le socialisme des origines, celui du XIX° siècle, deux dimensions qui avaient tendance à entrer en concurrence : une volonté de « faire science », qui culmine avec Engels une dimension spirituelle** , qu’on observe en particulier chez Péguy. La première explique pourquoi la construction de la sociologie comme discipline, de Saint Simon à Durkheim, est en partie le fruit de l’idéal socialiste de construction d’une société harmonieuse. La seconde a conféré au socialisme sa dimension millénariste : la promesse d’un Salut et d’une régénération de l’humanité, ainsi que le sentiment communautaire puissant ressenti par ses adeptes.

Pendant une assez longue période, chez Saint-Simon ou Pierre Leroux, par exemple, ces deux dimensions ont pu coexister. Le socialisme était une « science » et il était une mystique. Avec Blanqui, elles divorcent. Et la « science de la société » devient « athée », écrit Grondeux. Mais la dimension mystique revient en force aux alentours de la Première Guerre Mondiale, avec Georges Sorel et le mythe de la grève générale.

L’auteur de « Socialisme : la fin d’une histoire » décrit très bien aussi le clivage décisif qui n’a cessé d’opposer, durant toute son histoire, les partisans d’un socialisme misant tout sur le levier politique , comme Lénine, à ceux qui, à partir de Proudhon, croient, au contraire, à la capacité de la société à s’auto-organiser et qui se méfient au plus haut point de l’Etat. Les premiers sont conduits à survaloriser la question de la conquête du pouvoir et sont enclins à l’autoritarisme. Les seconds fondent des mutuelles et des sociétés coopératives et se moquent du dogmatisme des premiers.

Jérôme Grondeux éclaire très bien le débat perpétuel qui a opposé les partisans du gradualisme et des réformes à ceux qui croyaient en la possibilité d’une secousse révolutionnaire. Avec Eduard Bernstein, le courant révisionniste prend acte de ce que les prédictions de Marx n’ont pas l’air de se réaliser – les classes moyennes ne disparaissent pas, elles augmentent, le capitalisme ne veut pas s’effondrer pas de lui-même – et il en tire la conclusion qu’il faut entamer tout de suite un processus de promotion du prolétariat qui n’est nullement incompatible avec la démocratie.

Finalement, pour cet auteur, même si le socialisme a contribué à la mise en place et au développement des systèmes de protection de nos Etats-providences, on peut conclure qu’il a globalement échoué. Si son rival, la démocratie libérale l’a emporté, c’est parce qu’il a répondu de manière plus satisfaisante aux trois demandes principales qui émanent des sociétés modernes : une requête d’ordre et de prévisibilité de l’environnement social (qui est d’ordre conservateur), une aspiration aux libertés individuelles et à l’autonomie de le personne et des groupes sociaux (qui est d’ordre libéral) et un désir d’égalité, de participation à la souveraineté et de justice sociale (qui est d’ordre démocratique).

S’agissant du NPA , auquel vous appartenez, Alain Besancenot, Jérôme Grondeux relève que la « révolution sociale » est censée emprunter la voie d’une généralisation des luttes sociales, et non pas d’une conquête du pouvoir d’Etat qui prendrait la forme révolutionnaire de l’insurrection, ou réformiste de la conquête d’une majorité électorale. Un recul en forme de retraite, par rapport au trotskysme pur et dur des grands ancêtres.

Peut-être du à ce constat de Jérôme Grondeux : les deux fondements du socialisme – la « science » et la mystique font désormais défaut : personne ne peut prétendre contrôler l’évolution de la société quant à la mystique, l’expérience des grands millénarismes totalitaires du XX° siècle a vacciné contre cette tentation les individus, autonomes et sceptiques, que nous sommes devenus depuis Mai 68…

Alors, le socialisme, un rêve d’autrefois ?

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