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Suicides en hausse dans la police

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Dans son Traité du Gouvernement Civil, le philosophe John Locke, le deuxième grand théoricien du « contrat social » après Hobbes et avant Rousseau, nous explique pourquoi les hommes, nés cependant « libres, égaux et indépendants », décident ordinairement de faire société : l’origine du contrat social, c’est « la nécessité de s’unir et de composer un corps pour la conservation naturelle de leurs vies, de leurs libertés et de leurs biens . » Ce faisant, ajoute aussitôt John Locke, ils renoncent à se faire justice eux-mêmes, comme ils pouvaient tenter de le faire dans l’état de nature. Et ils font bien, pour au moins deux raisons. C’est qu’ils ne sont pas assurés de la force nécessaire pour protéger leur personne, leurs libertés et leurs biens, quand bien même ils se ligueraient avec d’autres, également menacés par le même prédateur. « Dans l’état de nature, il manque ordinairement un pouvoir qui soit capable d’appuyer et de soutenir une sentence donnée et de l’exécuter ». (126)

C’est pourquoi l’état social implique un abandon, par chacun des contractants, du pouvoir de se faire justice, dont il disposait dans l’état de nature, et l’obéissance à des lois communes. Mais l’envers de cette monnaie, c’est que la légitimité de toute société est conditionnelle : elle doit garantir aux citoyens, co-contractants, la tranquillité publique et la libre jouissance de leur personne et de leurs possessions. Le souverain ne saurait dépouiller les citoyens de leurs biens au-delà de ce qui est nécessaire à l’exercice des fonctions qu’il assure. Et il ne saurait faire de la force publique, dont il dispose, un usage exagéré, ou arbitraire.

Il y a aujourd’hui une « éthique policière », un Code européen d’éthique de la police. Et l’action de notre police nationale est encadrée par un Code de déontologie. La « police à l’ancienne », qui se vantait d’échapper à la règle de droit pour tenter de neutraliser les malfaiteurs, en traitant directement avec eux, quitte à utiliser les mêmes méthodes, appartient au registre du roman policier.

Mais cette police transparente et respectueuse est elle-même victime d’un état de société où les institutions sont, d’une manière générale, objet de ressentiment et de mépris. On a pu voir, en septembre dernier, le préfet de police et le directeur de la sécurité publique parisienne se faire frapper par des délinquants qui importunaient les touristes , en bas du Sacré Cœur. A plus forte raison, les policiers de base se sentent stigmatisés et méprisés. Le phénomène des suicides de policiers inquiète : on en dénombrait une quarantaine par an en moyenne, au cours des dernières années. Cette année, le chiffre de 47 a été atteint dès le mois de novembre, ce qui traduit un malaise.

Les policiers, nous dit-on, sont victimes d’une « politique du chiffre » les services sont estimés au nombre « d’affaires élucidées ». Cela peut conduire à dissuader les victimes d’enregistrer leurs plaintes. Cela conduit aussi à ne pas enquêter trop loin, dans l’élucidation d’une affaire. Tout cela crée un trouble dans la police et ne contribue pas à ce que les citoyens, qui paient toujours plus de taxes et d’impôts, aient le sentiment de bénéficier de la tranquillité publique que leur doit l’Etat de droit.

Les Français conservent leur confiance en la police . Cette institution arrivé après les hôpitaux et l’armée, devant l’école et les associations, dans le baromètre de la confiance du CEVIPOF, avec plus de 60 %. Ce qui est loin d'être le cas des syndicats et des partis politiques... Mais cette confiance s’effrite, face aux manipulations infligées par les gouvernements successifs aux instruments de mesure de la délinquance. L’opinion a le sentiment qu’on cherche à lui dissimuler une aggravation de l’insécurité. Qu’en est-il et comment y remédier ?

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