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Syndicats : du grain à moudre

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L’état des syndicats en France est pathétique. Le taux de syndicalisation est le plus bas des pays développés (moins de 8%), alors que l’offre en termes de centrales est, au contraire, pléthorique. Le financement est très majoritairement public, comme l’a démontré le rapport Perrucheau. En outre, notre syndicalisme est vieillissant : même les soit disant « gros bataillons de la fonction publique » sont composés majoritairement de plus de cinquante ans et de retraités. Les syndicats sont dramatiquement absents des secteurs de la sous-traitance, des services, de l’intérim : là où, justement, leur présence serait la plus nécessaire, pour garantir aux salariés les plus précaires un minimum de sécurité.

Du coup, s’est installé sans tambours ni trompettes, dans notre pays, un salariat à deux vitesses, avec des secteurs protégés, cramponnés à leurs acquis et à leurs régimes spéciaux, au mépris de l’égalité proclamée, et un immense précariat, qui sert de variable d’ajustement et paie l’addition pour tout le monde en période de crise, sans qu’on s’en émeuvent outre mesure…

Or, sans acteurs sociaux puissants et légitimes, donc moins nombreux mais représentatifs, pas de réformes en profondeur, ni de compromis social durable .

Voici pourtant qu’une chance de rénovation, de refondation et, allons, rêvons un peu, de réunification se fait jour, qu’une espèce de fenêtre d’opportunité s’ouvre , avec le passage de témoin qui va avoir lieu, dans les prochaines semaines, à la direction des deux plus importantes centrales.

A la CFDT , François Chérèque estime qu’après dix années passées à la tête d’un syndicat qui « se porte bien », et compte tenu de la conjoncture politique, il lui faut passer la main. Ce sera chose faite dès la fin de ce mois. Son successeur désigné, Laurent Berger aura eu le temps de se roder dans l’ombre d’un secrétaire général qu’il accompagne partout depuis des mois. Issu du militantisme chrétien à la JOC bretonne, c’est un réformiste, mais un négociateur redouté pour sa puissance de travail et sa connaissance des dossiers.

La transition aura été plus laborieuse à la CGT , avec l’échec des candidatures de Nadine Prigent et d’Eric Aubin. Pourtant, l’homme qui remplacera Bernard Thibault en mars prochain, Thierry Lepaon poursuivra, selon toute probabilité, le travail d’ouverture et de modernisation de la première centrale syndicale française, lancée par le secrétaire général sortant. Ancien meneur des « Moulinex », élu secrétaire général de la région Normandie, Thierry Lepaon arrive à la tête de la CGT avec une légitimité béton. Il est crédité d’une très bonne connaissance du dossier de l’emploi, acquise notamment au Conseil d’orientation pour l’emploi.

Or, les syndicats ont du pain sur la planche, voire du grain à moudre , selon l’expression restée fameuse d’André Bergeron et reprise par un certain Marc Voinchet pour donner son nom à une certaine émission de débats sur France Culture….

Deux grands chantiers sociaux vont requérir les talents de négociateurs de nos représentants. Celui de l’emploi – avec, au centre, l’échange meilleure sécurisation des parcours professionnels contre effort d’adaptation des salariés à l’activité des entreprises, d’un côté, celui de la compétitivité, de l’autre, - avec la question épineuse des coûts du travail , en France, par comparaison avec ceux de nos partenaires commerciaux en Europe, lancée pour de bon par la parution du rapport Gallois. Oui, c’est vrai et ne peut être contesté, puisque cela figure en toutes lettres dans le rapport Gallois : le coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie, en France, à 35,9 Euros, est légèrement plus élevé qu’en Allemagne (35,4 Euros).

Or, le patronat, dont la marge de manœuvre s’est rétrécie, semble prêt à faire échouer la première s’il ne lui est pas donné satisfaction sur la seconde…

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