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Syrie : Intervention militaire actuellement inenvisageable

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La guerre civile en Syrie est un casse-tête pour les chancelleries du monde entier. Personne ne sait comment mettre fin à un conflit d’une rare férocité, qui voit un régime aux abois engager des avions de combat et de l’artillerie lourde contre des quartiers d’habitation soulevés contre son autorité. La situation rappelle l’insurrection du peuple libyen contre son dictateur. Mais cette comparaison pourrait se révéler illusoire, dès lors qu’on cherche une solution à une crise qui est en train de s’étendre, comme on le voit actuellement au Liban.

La perspective d’une intervention militaire extérieure est, en l’état actuel des choses, illusoire et ce pour plusieurs raisons.

La première est paradoxalement le précédent libyen . Car les démocraties occidentales ont alors utilisé, pour renverser Khadafi, un texte concédé par l’ONU qui ne les autorisait qu’à défendre les populations des villes soulevées. Or, le devoir de protection n’implique pas le droit d’ingérence, répètent depuis Russes et Chinois ils contreront toute nouvelle initiative en ce sens contre leur allié Bachar al-Assad.

Ensuite, l’armée syrienne, appuyée par la Russie et par l’Iran, est un morceau autrement plus indigeste que l’armée de mercenaires mal formés et recrutés à la hâte par le chien fou de Tripoli. Les forces aériennes françaises et anglaises ne suffiraient certainement pas à la neutraliser.

L’opposition syrienne manque d’unité, ce dont ont profité de dangereux groupes islamiste pour s’infiltrer dans certaines zones libérées.

Enfin, la Turquie où la direction de l’opposition politique au régime a trouvé refuge, redoute une partition du pays qui verrait l’émergence d’un Grand Kurdistan . Du reste, le scénario de la partition est sans doute celui que caresse le clan au pouvoir. En se réfugiant dans ses bastions alaouites du Nord-ouest, le long de la Méditerranée, il peut encourager une « libanisation du pays » que redoutent tous ses voisins.

Alors que peut-on faire pour porter secours aux tendances démocratiques de cette opposition martyre ?

Dominique Moïsi préconise d’armer les insurgés d’armes anti-aériennes et anti-chars efficaces. Mais, pour l’instant, les Américains hésitent à livrer à l’Armée Syrienne de Libération des missiles sol-air modernes ils craignent que ceux-ci ne tombent aux mains de groupes terroristes, qui pourraient les utiliser ensuite contre des avions de ligne.

Hilary Clinton a évoqué l’instauration d’une zone d’interdiction aérienne , telle que celle que fit efficacement respecter son président d’époux au-dessus de l’Irak, après la première Guerre du Golfe. Mais Washington reste très divisé sur cette option. En période électorale, Barack Obama, déjà inquiet des risques de conflit entre Israël et l'Iran, a intérêt à faire preuve de retenue.

William Leday, de Terra Nova, préconise la création d’une force d’interposition composée de soldats de l’ONU et de la Ligue arabe. Mais cela reviendrait à figer les rapports de force actuels.

Dans son discours aux ambassadeurs, le président Hollande a repris à son compte l’avertissement américain : toute utilisation d’armes chimiques , détenues par le régime, entraînerait des représailles militaires immédiates, que l’ONU soit d’accord ou non. Les démocraties occidentales redoutent que ces armes non conventionnelles soient livrées au Hezbollah qui pourrait être poussé à les utiliser contre Israël, afin de faire diversion.

Enfin, il y a la feuille de route élaborée par 45 intellectuels et experts syriens pour « le jour d’après » qui propose un mode d’emploi de l’après-Bachar et qui pourrait rassurer les amis du peuple syrien, s’il faisait consensus auprès des forces d’une opposition disparate.

Oui, la situation n’est pas facile pour les amis de la révolution syrienne. Comment pouvons-nous aider ceux qui luttent, sur place, pour le renversement d’une dictature sanguinaire ?

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