LE DIRECT

Syrie : l'Europe prise de cours par l'histoire

3 min
À retrouver dans l'émission

Rien ne s’est passé comme prévu. Les Européens doivent changer de grille de lecture en plein cours du drame.

Reprenons. Depuis l’année 1989, l’idée dominante en Europe, c’est celle énoncée, à l’époque par Francis Fukuyama : la démocratie libérale est tellement désirable qu’elle a vocation à s’étendre au monde entier , par cercles concentriques, à partir de l’Europe, cœur battant de la planète. Les moyens d’y parvenir ? Des sociétés civiles locales, dont il convient d’encourager les aspirations le droit international, qui permet de contrôler les souverainetés ombrageuses la libéralisation du commerce et sa régulation par des normes, fixées par l’Union européenne en collaboration avec les Etats-Unis.

Cette démocratie libérale à l’européenne, était censée entraîner les valeurs et les comportements propres à la civilisation européenne elle-même : sécularisme, respect des droits des minorités , baisse des tentions idéologique et apaisement des conflits politiques se traduisant par l’alternance de gouvernements de centre droit et de centre gauche, d’accord sur l’essentiel. Il convenait d’encourager ces développements spontanés par des ONG financées par les Européens et de se garder du volontarisme maladroit et contre-productif de l’Oncle Sam, avec ses prétentions d’autrefois à imposer la démocratie à coups de bombardements aériens et de troupes au sol.

L’apparition des Printemps arabes a semblé confirmer en tous points cette vision proprement angélique de l’histoire. Nos proches voisins iraniens, puis arabes, semblaient s’engager dans la voie de la démocratie en descendant dans les rues. Leur jeunesse, branchée sur internet, rejetait les aspects les plus rétrogrades de leur religion et s’engageaient dans la voie d’un sécularisme familier.

Mais l’histoire a pris un tout autre cours. Les printemps ont débouché partout, sauf en Tunisie, sur l’hiver de l’islamisme radical et djihadiste , ou sur des coups d’état militaires destinés à empêcher la guerre civile. Cette montée en puissance d’une idéologie religieuse est proprement impensable pour un cerveau européen, comme l’explique Pierre Manent dans un livre publié ces jours-cI.

Nous attendions ainsi, pleins d’espoir, la chute du despote Bachar el-Assad. Il se terre dans son réduit alaouite, encerclé par les islamistes les plus ensauvagés qu’on ait vus depuis des décennies.

La guerre civile en Syrie dure depuis plus de 4 ans. 4 millions de Syriens, pris en étau entre les armées du djihad et les tortionnaires du régime, ont fui à l’étranger. L’Europe a organisé des rencontres internationales, comptant sans doute que les Américains feraient le gros du travail – quitte à les critiquer ensuite, comme elle en a l’habitude. Mais voilà que, trop occupés ailleurs, ils se contentent du minimum syndical et nous laissent le chantier. Comme ils l'avaient déjà fait en Libye.

Javier Solana le confesse dans un texte mis en ligne avant-hier : Nous n’avons rien fait et ce sont les Russes qui débarquent, afin d’imposer leurs intérêts et leurs solutions. Des centaines de milliers de Syriens affluent en Europe. Alors enfin, l’Europe se décide à bouger. Mais que faire ? Entrer dans la coalition que nous propose Poutine et rétablir Bachar sur son trône vermoulu ? Répartir également nos frappes entre les forces du régime et celles de l’Etat islamique ?

La solution, écrit Solana sera diplomatique. Elle passe par un accord entre l’UE, la Russie et les acteurs régionaux. Mais comment mettre d’accord la Russie et l’Iran, qui veulent conserver le régime de Damas, avec la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui exigent le départ du despote ? L’Europe, divisée et militairement peu crédible , est un acteur bien trop affaibli pour imposer une solution conforme à ses idées. Nous sommes un ventre mou, certainement pas la puissance d’attraction que nous imaginions….

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......