LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Syrie : l'extrême prudence américaine

3 min
À retrouver dans l'émission

« Combien de Syriens doivent-ils mourir pour que le monde passe à l’action ? ». C’est sur le site du célèbre think tank américain Brookings Institution que j’ai trouvé ce pathétique appel, lancé par une chercheuse, Bessma Momani. Elle s’étonne de la passivité de la communauté internationale, face à une guerre qui a fait plus de 60 000 morts et poussé plus d’un demi-million de personnes à chercher refuge sous des tentes, dans les pays limitrophes. Mais elle se penche aussi sur les raisons qui semblent pousser les pays occidentaux, et en particulier le plus puissant d’entre eux, à la grande réserve qu’ils semblent observer face à cette catastrophe humanitaire de grande ampleur.

Obama, explique-t-elle, est bridé par un Congrès qui lui reproche d’avoir été un peu trop rapide à soutenir les insurgés anti-khadafistes en Libye pour le prix de leur aide, les Américains ont été victimes d’un acte barbare : le lynchage de leur ambassadeur. Désormais, ils se méfient de la présence, du côté des insurgés syriens, de groupes djihadistes de plus en plus visibles. Bessma Momani estime que le fait d’avoir placé le groupe islamiste Jabhat al-Nosra (le Front de la Victoire) sur la liste des organisations terroristes , est, de la part de Barack Obama, une concession destinée à faire accepter par le Congrès la reconnaissance de la Coalition Nationale.

La prudence de la diplomatie américaine s’appuie aussi sur l’expérience irakienne . Echaudés par leur échec à Bagdad, les Etats-Unis ne sont pas pressés de s’embourber à nouveau dans un pays arabe. Attribuant notamment cet échec au démantèlement précipité de l’armée irakienne, au titre de la politique de dé-baasisation du pays, ils veillent à ne pas commettre la même erreur en Syrie. C’est pourquoi jusqu’alors, ils se sont gardés de traiter l’armée de Bachar de terroriste. C’est, en effet, une manière d’encourager les officiers servant le régime à l’abandonner, sans crainte de représailles dans la Syrie de demain.

Mais ce qui explique la réserve de la communauté internationale, pour un autre spécialiste, français celui-là, Pierre-Jean Luizard , s’exprimant sur le site Atlantico, c’est la présence de plus en plus visible de combattants islamistes sunnites en Syrie, aux côtés des insurgés. « On peut même se demander si l’Etat islamique en Irak d’Abou Mous’Ab al-Zarqawi n’a pas été transplanté en Syrie , depuis la frontière irakienne frontalière d’An-Anbar. Cela expliquerait la baisse relative de la violence en Irak », poursuit Luizard. Lequel relève l’usage, par ce groupe en particulier, d’un « vocabulaire confessionnel haineux envers les non-sunnites . » Et ce directeur de recherches aux CNRS reprend une thèse que vous n’aimez guère, Jean-Pierre Filiu, celle qui veut qu’en Syrie, comme dans de nombreux autre pays musulmans aujourd’hui en ébullition, « chiites et sunnites sont devenus les otages de parrains étrangers , qui se font la guerre par communautés musulmanes arabes interposées. »

Cependant, poursuit Luizard, si la présence de ces groupes islamistes étrangers sur un terrain de conflit peut servir de thermomètre, afin d’en mesurer la gravité, il faut remarquer que ces militants ne font pas partie du processus de reconstruction, lorsque le conflit s’achève . En Irak, comme en Libye, ils ont été refoulés, une fois la situation consolidée.

Sa conclusion, c’est que l’islamisation de la guerre en Syrie est la conséquence d’une évolution mal comprise en Occident : « l’islam est devenu le langage du politique et du social face à un régime autoritaire », explique ce spécialiste de l’études des religions. D’autant qu’en Orient, l’appartenance religieuse est bien souvent l’effet des solidarités familiales ou claniques. Il s’agit de « l’affirmation d’une identité plus qu’une spiritualité ». D’ailleurs le phénomène marquant, c’est une « dissociation de l’islam et de l’Etat » qui est « un phénomène sans précédent en Syrie », conclut Luizard.

Est-ce parce que ces phénomènes sont décidément trop complexes pour le Département d’Etat que les Américains se montrent tellement timorés, cette fois-ci ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......