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Syrie : une guerre par procuration

4 min
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et le conflit le plus dangereux de notre temps

5 ans de guerre, près de 300 000 morts sur une population de 22 millions d’habitants. 10 millions de personnes, soit environ la moitié, contraintes de quitter leur foyer. Plusieurs millions, à chercher refuge hors de leur pays. Dans chaque camp en présence sont commis, aux yeux du monde entier, des crimes de guerre d’une ampleur ahurissante qui, s’ils devaient restés impunis, créeraient un dangereux précédent.

La guerre de Syrie est la plus grande catastrophe humanitaire de notre temps et le conflit le plus dangereux de la planète. Elle risque de provoquer la déstabilisation de pays voisins, comme le Liban ou la Jordanie. Elle peut entraîner une dislocation générale des fragiles constructions nationales du Moyen Orient. Elle peut également déraper en un affrontement direct entre la Turquie et la Russie, entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Mais manifestement, il ne suffit pas d’en être conscient pour parvenir à mettre un terme à cette catastrophe. Personne ne sait comment arrêter cette spirale de folie meurtrière, qui avait commencé comme une simple exigence de démocratie, avec les défilés pacifiques du début 2011. Cette guerre démontre, en tous cas, l’impuissance collective de la communauté internationale, qui sait l’intérêt qu’elle aurait à y mettre un terme, mais n’y parvient pas. Pourquoi ?

Parce que la guerre civile syrienne est une guerre par procuration. Devant l’ampleur des manifestations de mécontentement du début 2011, les Saoudiens, Qataris, Turcs, mais aussi les Occidentaux, et la France en tête, ont cru que le régime allait tomber comme un fruit mûr, à la manière de celui de Ben-Ali à Tunis et de Moubarak, au Caire. Mais Bachar el-Assad, s’il est haï par la majorité sunnite de la population, peut aussi compter sur l’appui d’un certain nombre de minorités qui redoutent le revanchisme d’un pouvoir sunnite vainqueur.

Et surtout, il a reçu l’assistance déterminée de ses alliés iraniens – qui combattent sur le terrain aux côtés de son armée, avec leurs supplétifs libanais du Hezbollah. Les Russes, de leur côté, bien décidés à ne pas tolérer un nouveau renversement de régime allié, sur le modèle libyen, sont présents militairement sur le terrain. En quelques semaines, ils sont parvenus non seulement à empêcher l’armée de Bachar, à bout de souffle, de s’effondrer, mais ils l’ont aidée à reprendre un certain nombre de territoires perdus. Au prix de bombardements massifs des populations civiles dont on remarque qu’elles n’auront pas provoqué de manifestations dans les rues de nos villes, comme cela aurait été le cas face à des bombardements américains… De leur côté, les Turcs songent à intervenir pour empêcher la formation d’un Kurdistan indépendant au Nord de la Syrie.

Mais le conflit cristallise surtout la véritable guerre de religion qui a lieu au sein de l’islam entre sunnites et chiites. Dans un papier pour Project Syndicate, l’ancien ministre des finances du Pakistan, qui fut aussi vice-président de la Banque mondiale, Shahid Javed Burki, écrit : « La dimension religieuse des conflits qui embrasent le Moyen Orient est la principale raison pour laquelle ils sont si difficiles à désamorcer. » Les sunnites sont très largement majoritaires parmi les 1 milliard 600 millions de musulmans que compte l’humanité. Il n’y a que 225 millions de chiites. On les trouve en Iran, en Irak, au Liban, au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan, et jusqu’en Inde. Aujourd’hui, l’armée saoudienne les combat au Yémen.

« Les troubles actuels », écrit Burki, « reflètent un conflit à la fois théologique et politique entre des visions du monde. Les sunnites conservateurs, qui adhèrent au wahhabisme fondamentaliste, privilégient un pouvoir théocratique autoritaire, tandis que les sunnites soufis, plus modérés, préfèrent des systèmes politiques plus progressistes et inclusifs. Le même constat est valable pour les chiites. » Il existe une version puritaine et austère du chiisme et une autre plus tolérante.

La guerre de Syrie n’est plus une guerre civile, c’est devenu une guerre de religions. Or, ce sont les plus cruelles et les plus difficiles à maîtriser. Nous autres, Français, nous en savons quelque chose… Souvenons-nous de la Saint-Barthélémy !

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