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Tax and spend, c'est fini !

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Il y a six mois encore, il était de bon ton de croire aux lendemains qui chantent. Malheur à celui qui tentait d’expliquer que l’emballement du déficit public rendait la dette insoutenable, limitant considérablement les marges de manœuvre du prochain gouvernemen t. Malheur à celui qui osait dire que le niveau de la dépense publique, considérablement supérieure en pourcentage de PIB à celui du reste de l’Union européenne , était anormal et qu’il faudrait, après les élections et quelle qu’en soit le verdict, couper dans les dépenses et pas seulement augmenter les impôts. Malheur à celui qui pointait du doigt la détérioration de notre position dans le commerce mondial – et même européen - et en déduisait que la compétitivité de nos industries s’était amoindrie tout au long des années 2000 et qu’il faudrait réduire le niveau des charges sociales. On se faisait aussitôt taxer de libéral et de rabat-joie, de disciple attardé d’Angela Merkel.

Le reproche généralement adressé par le Parti des Média au gouvernement sortant n’était pas d’avoir crevé les plafonds de l’endettement public, mais au contraire, d’avoir présenté, pour 2012, un « budget de rigueur », voire même « d’austérité »…. Ce qu’il fallait à la France, c’était une « politique de relance »… Avec la gauche au pouvoir, n’en doutez pas, on remettrait en route la bonne vieille machine à dépenser plus et l’activité repartirait bientôt.

Le moins qu’on puisse dire est que la politique annoncée par le ministre Jean-Marc Ayrault se situe aux antipodes de cette logique dépensière. Depuis le séminaire du lundi 25 juin, suivie par les lettres de cadrage budgétaire envoyées par Matignon à chaque ministre, on sait à quoi s’en tenir. C’est Bercy qui est à la manoeuvre. La hausse des impôts, le rabotage des niches fiscales, la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires seront loin de suffire au retour à l’équilibre budgétaire promis en fin de quinquennat il faudra s’attaquer résolument aux dépenses .

Aussi les dépenses de l’Etat seront-elles gelées en valeur absolue – c’est-à-dire qu’elles baisseront en valeur réelle, à cause de l’inflation. En bon français, cela s’appelle une politique de rigueur. Les effectifs de l’Etat, dont les salaires et pensions constituent, de loin, le poste le plus important, seront gelés. Mais c’est valable également pour les employés des collectivités territoriales.

Des économies drastiques seront imposées aux dépenses de fonctionnement des ministères : moins 7% en 2013, moins 4 % en 2014, à nouveau moins 4 % en 2015, soit une baisse de 15 % en en trois ans. François Fillon avait été moins ambitieux, en fixant cette baisse à 10 % pour les années 2011-2013. Or il n’était pas parvenu au résultat espéré. Qu’en sera-t-il cette fois ?

Mais plus difficile encore s’avère la réduction, fixée par le Premier ministre, aux dépenses d’intervention . La majorité de ces dépenses (38 milliards) sont des prestations « de guichet », versées automatiquement. Les faire baisser dans les mêmes proportions implique des réformes pour limiter le nombre des bénéficiaires…

François Hollande serait-il homme à s’engager dans une démarche à la Schröder ? Rappelons que les réformes de l’Agenda 2010 , si elles ont rendu à l’Allemagne sa puissance économique, ont coûté sa réélection au chancelier social-démocrate… En tous cas, le président de la République a accepté de signer le Pacte de stabilité budgétaire, en échange du modeste plan de soutien arraché au récent Sommet européen. On n’échappera plus à la Règle d’Or. Le temps où les gauches, en Europe, s’identifiaient au slogan « trax and spend » (plus d’impôts, plus de dépenses publiques), ce temps-là est terminé.

Mais force est de constater que les préconisations de la Cour des comptes vont encore plus loin , comme on l’a vu au cours de la première partie de cette émission. Hausse de la TVA et de la CSG, de manière à alléger le niveau des charges sociales sur les entreprises. Baisse des effectifs de la fonction publique et non pas maintien à leur niveau actuel. Y compris ceux de la fonction publique territoriale. Désindexation des retraites et des allocations familiales….

Matignon n’a pas l’air de vouloir reprendre à son compte toutes ses idées. Quel est le pourcentage que le gouvernement a déjà fait siennes, Monsieur le premier Président de la Cour des Comptes ? Quelles sont, d’après vous, celles qu’il refuse aujourd’hui, qu’il devra pourtant mettre en œuvre demain ?

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