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Tony Blair, Matteo Renzi

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C’est une idée qui pour être galvaudée, n’en comporte pas moins une part de vérité : il y a beaucoup de Tony Blair en Matteo Renzi . D’ailleurs, Blair soutient bruyamment Renzi.

Ce sont des hommes jeunes, sans complexes et impatients Blair est arrivé au 10 Downing Street à 43 ans, Renzi au palais Chigi à 39 ans. Comme l’Anglais, le premier ministre italien a tendance à penser que ce qui compte, c’est ce qui marche « what’s matter is what works ». Il appartient à ce centre-gauche pragmatique qui estime que la bataille politique de notre époque oppose moins la droite à la gauche que les forces du conservatisme à celles de l’innovation que les forces sociales sur lesquelles une gauche nouvelle doit s’appuyer, ce sont les outsiders d’un système verrouillé, qui piaffent, de stages en CDD, sur le seuil du monde de l’entreprise.

Son problème, c’est qu’en Italie, les forces du conservatisme, elles comptent beaucoup de divisions : l’administration publique, l’essentiel des syndicats, une bonne part du business, les détenteurs de rentes de situation et une classe politique qui n’a aucune envie de sacrifier ses sinécures. Tony Blair a eu la tâche plus facile , parce que Margaret Thatcher avait abattu à peu près tout ce qui tenait encore debout dans une société britannique vermoulue. Tout y était à reconstruire sur de nouvelles bases. Ce n’est pas le cas en Italie.

Le cœur du programme de Renzi : une vigoureuse baisse des impôts pesant sur bas salaires (6 milliards 700 millions, dès cette année), un bonus pour les retraités, la promesse d’un allègement à destination des classes moyennes. Le moyen envisagé pour relancer la consommation des ménages . Mais l’effet ne se fera sentir que l’an prochain. Pour financer cette authentique politique de relance, il a fixé les coupes dans les dépenses publiques à 4 milliards et demi, par le biais, notamment, d'une sensible réduction du nombre des fonctionnaires.

D’où viendra la différence ? De toute évidence, d’un regain de déficit public. Bruxelles le tolèrera-t-il de la part d’un pays dont la dette accumulée a atteint le niveau stratosphérique de 133 % du PIB ? En tous cas, la renzonomics séduit les marchés : la dette italienne part comme des petits pains et le différentiel avec les taux consentis aux Allemands sont faibles, donc encourageants.

En outre, Renzi sera le patron en titre de l’UE à partir de juillet , au titre de la présidence tournante. C’est le tour de l’Italie, et Renzi est bien décidé à en profiter pour faire avancer ses idées. Il les a énoncées dans un discours important, à la fin de la semaine dernière : primo : les Etats-Unis d’Europe . Face à la déferlante critique venue des partis populistes, d’extrême droite comme d’extrême gauche, ne rien concéder. Progresser au contraire dans l’intégration. Car les Européens n’ont pas seulement « un passé commun, mais un destin commun ». Mettre en commun de nouvelles compétences. En matière d’immigration et de droit d’asile , car l’Europe doit demeurer ouverte au monde, mais l’Italie, première porte sur l’Europe, ne peut accueillir, à elle seule, toute la misère du monde.

Secundo : obtenir des Allemands des concessions en matière de déficits publics en échange de réformes de structure ambitieuses . Car c’est en rendant nos économies plus performantes qu’on fera baisser le taux de chômage. Il touche 13 % de la population en Italie et comme dans toute l’Europe du Sud, ce sont les jeunes qui sont le plus touchés. Et c’est en laissant nos jeunes accéder au marché de l’emploi qu’on renouera avec la croissance et donc avec l’équilibre budgétaire.

Tony Blair a gagné trois élections générales consécutives : 1997, 2001, 2005. Ce qui n’était jamais arrivé à un travailliste dans toute l’histoire britannique. Rappelons en passant que jamais un socialiste, en France, n’a gagné deux batailles électorales nationales consécutives au cours de la V° République Même François Mitterrand a perdu les législatives de 1986. Combien donnez-vous de temps à Matteo Renzi ? Et jusqu’où peut-on pousser la comparaison entre les deux dirigeants ?

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