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Tourisme d'allocations ?

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Cet été, les ministres de l’Intérieur de quatre Etats membres de l’Union européenne (l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) ont adressé une lettre ouverte commune à leur collègue Alan Shatter, exerçant la responsabilité, au nom de l’Irlande, de la présidence du Conseil européen.

Ils lui disaient les choses suivantes. La liberté de mouvement est un des acquis de la construction communautaire et ils n’entendent pas la remettre en cause. Néanmoins, l’article 21 stipule que des limitations puissent lui être apportées. Or, ces quatre pays observent que des migrants venus des nouveaux Etats membres semblent attirés chez eux moins par la perspective d’y trouver un emploi que par la générosité de leurs Etats-providences. Ces migrants, écrivent les quatre ministres de l’Intérieur, « alourdissent le fardeau des sociétés d’accueil par des coûts additionnels considérables (scolarisation, allocations familiales, soins médicaux, logement social). Les systèmes de financement sont soumis à tension.

Conclusion : il faut combattre en particulier la fraude sociale organisée. Ceux qui s’en rendent coupables devraient pouvoir être expulsés. Cette affaire a fait grand bruit dans les pays concernés. On a écrit que des hordes de Bulgares et de Roumains venaient faire du « tourisme d’allocations » (benefits tourism ), comparant les prestations offertes par les différents systèmes sociaux, afin de déterminer la meilleure installation possible.

Nous n’avons eu écho de ces débats que la semaine dernière, lorsque la Commission européenne leur a répondu, chiffres à l’appui.

Ceux-ci démontrent que, globalement, les immigrés en provenance de l’Europe centrale bénéficient moins qu’ils ne cotisent, des systèmes de protections sociale des quatre pays concernés . Elle constate que le nombre de migrants au sein de l’UE a doublé entre 2003 et 2012, passant de 1,3 % du total à 2,6% et elle s’en réjouie, car la mobilité géographique ayant toujours été l’un de ses objectifs. Les immigrés intra-européens ne représentent, selon la Commission, que 5% des personnes bénéficiant d’aides sociales. Les systèmes de santé sont largement bénéficiaires, d’après la Commission, les immigrés étant jeunes et moins susceptibles d’y avoir recours que les nationaux.

Il faut en passer par ce détour pour aborder la question de fond : pourquoi M. Dibrani, entré illégalement sur le territoire national le 26 janvier 2009, en compagnie de ses six enfants, en provenance d’Italie, a-t-il décidé de détruire ses papiers d’identité , afin de réclamer le droit d’asile en tant que réfugié kosovar ? Quel intérêt matériel avait-il à ce genre de mensonge ?

Des éléments de réponse se trouvent dans le Rapport sur les modalités d’éloignement de Leonarda Dibrani, trouvé par le ministre de l’Intérieur sur son bureau à son retour précipité des Antilles, M. Dibrani «n’a jamais donné suite aux propositions d’embauches qui lui étaient faites et ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille. »

Toujours dans le rapport, on lit, aussi : « La famille Dibrani était la seule qui ne s’était pas engagée dans un processus d’intégration » « La famille a laissé le logement mis à sa disposition dans un état de dégradation avancé » elle a adresse « des insultes à l’encontre de la directrice et des personnels sociaux », « placé en garde à vue pour un cambriolage », etc.

Honnêtement, on dirait un casting monté sur mesure par le Front national … Pourquoi, alors, la « gauche morale » a-t-elle choisi une aussi mauvaise cause pour tenter de faire trébucher le trop populaire Manuel Valls ? Je rappelle les propos de Jean-Luc Mélenchon : « La honte, c’est maintenant. Rendons Valls à Le Pen. » Ceux de la sénatrice Esther Benbassa : « L’expulsion de la jeune lycéenne kosovare me rappelle les heures sombres du sarkozysme, avec Claude Guéant. »

Trois questions encore :

  • Combien de temps les Etats-providences peuvent-ils tenir moralement, face à de tels défis ? En clair, les citoyens d’un Etat accepteront-ils de contribuer toujours davantage à un système de protection sociale, dont certains entendent bénéficier sans contribuer à son financement ? Pourquoi les citoyens d’un pays, qui cotisent pour le financement de leurs systèmes sociaux, accepteraient-ils de payer un loyer et une partie de leurs médicaments, quand ils découvrent que des immigrés illégaux, qui ne cotisent pas, ne sont tenus de payer ni pour leur santé, ni pour leur logement ?

  • François Hollande avait promis de ne pas surfer sur les emballements médiatiques, comme avait coutume de le faire son prédécesseur. N’est-il pas tombé dans le piège ? N’est-il pas parvenu, en croyant apaiser les deux ailes de sa majorité, à se les aliéner ?

  • Que vaut l’autorité de la loi, si la décision de ne pas appliquer les décisions de justice est prise, au coup par coup, par le chef de l’Etat, garant de son application ? Que vaut-elle, lorsqu’une gamine de 15 ans peut répondre à notre président de la République : "Un jour ou l'autre, je rentre en France et c'est moi qui va faire la loi" ?

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