LE DIRECT

Tous pris de court

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette affaire, tout le monde est pris de court, parce que personne n’avait rien vu venir.

François Fillon était si sûr de sa légitimité que c’est tout juste s’il a daigné faire campagne. Il y a, en effet, une espèce de tradition chez les gaullistes, aux termes de laquelle le président sortant désigne son successeur, en lui offrant de faire ses preuves à Matignon. Modèle De Gaulle-Pompidou. Ca ne marche pas à tous les coups, cf. Chirac et Sarkozy. Mais François Fillon pouvait imaginer, en se cramponnant à son bureau de premier ministre durant toute la durée du quinquennat de Nicolas Sarkozy, avoir acquis une expérience et une stature d’homme d’Etat, qui fait manifestement défaut à son rival.

Mais cela a eu, pour lui, un inconvénient. En se réclamant de son expérience à Matignon, il s’est interdit la possibilité de procéder à l’inventaire critique du sarkozysme. Alors même que les divergences entre les deux têtes de l’exécutif ont probablement été plus profondes que l’on pense, il est apparu trop associé aux politiques menées entre 2007 et 2012. Or, cet examen critique est, pour la droite, une ardente obligation. Et pas seulement sur la question du tournant « droitier » pris à partir du discours de Grenoble.

Les médias ont été pris de court, parce qu’ils ont plaqué sur cette primaire, à droite, les souvenirs encore frais de la primaire à gauche. Or la primaire au PS, avait pour but de désigner le meilleur candidat à la présidence de la République et les électeurs ont effectivement désigné celui qui avait les meilleures chances, tout en rassemblant son camp, d’aller conquérir cet électorat centriste qui fait la différence, au soir du deuxième tour. La primaire à l’UMP avait un tout autre but : désigner le chef de l’opposition donc le plus combatif, non le plus consensuel. Et Copé n’est pas, de ce point de vue, un mauvais choix.

Les instituts de sondage ont été pris de court, parce qu’ils ont longtemps prédit à Fillon une victoire dans un fauteuil . Comme c’est de plus en plus souvent le cas dans ce genre de situations, les électeurs, qui détestent qu’on leur désigne le vainqueur à l’avance, ont voté contre les sondages. Il y a, à l’UMP, un fort ressentiment anti-élites, et ce sont, cette fois, les barons du Parti de droite qui en ont fait eux-mêmes les frais. La base a voté contre les caciques.

Car ces barons ont été eux-mêmes pris de court. La preuve : la motion arrivée en tête. Celle de la Droite Forte, avec 27,8 %. Elle était signée par des trentenaires inconnus hier, Guillaume Peltier, Camille Bedin, Geoffroy Didier… et était co-signée par très peu de parlementaires (18 en tout). « Notre victoire est un séisme militant », analyse Geoffroy Didier dans Libération.

Et il n’a pas tort. Elle confirme, en tous cas, la percée des idées du Sarkozy dernière période – disons, pour faire simple, la « ligne Patrick Buisson » auprès des militants de l’UMP. Ces trentenaires affichent, en effet, une « droite décomplexée ». Ils prétendent arracher à l’abstention protestataire la France des petites villes de province, ruinées par la désindustrialisation, séduire les classes moyennes menacées de déclassement qui ont trouvé refuge dans le péri-urbain. Ils diagnostiquent un fort besoin de sécurité – sociale, culturelle, physique – et entendent lui apporter des réponses qui, sans être celles du Front national (le protectionnisme), séduisent cependant ses électeurs.

Surpris, mais ravis aussi, les jeunes quarantenaires – NKM, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez surtout, qui croyaient devoir attendre leur tour et découvrent, éberlués, que les deux favoris dans la course à la présidentielle se sont neutralisés mutuellement.

Mais le plus surpris par cet incroyable psychodrame se trouve probablement à l’UDI. En relançant la bonne vieille UDF, Jean-Louis Borloo ne pouvait imaginer que l’UMP allait aussi vite se saborder en direct aux 20 heures. En tous cas, ses chaloupes sont déjà à la recherche d’éventuels naufragés…

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......