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Transition énergétique : à quels coûts ?

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Petit retour en France. Parlons du conseil national du débat sur la transition énergétique qui a ouvert ses travaux jeudi dernier. Ils devraient déboucher sur une série de recommandations, transmises au gouvernement, lequel en tirera ce qu’il voudra pour rédiger la Loi de programmation, qui sera présentée au Parlement au premier semestre de 2013. Ce Conseil national comporte 112 membres il est chapeauté par un « comité de pilotage » dont la composition a été houleuse : l’ex-administrateur général du CEA, Pascal Colombani, récusé par les ONG écologistes, en a été exclu. Vous en faites partie, Laurence Tubiana.

C’est que le débat sur les questions énergétiques comporte des dimensions fortement idéologiques. Les écologistes sont anti-productivistes et privilégient tout ce qui va dans le sens d’un moindre recours à l’énergie ils sont en outre allergiques au nucléaire. Les industriels, eux, veulent disposer d’une énergie bon marché , afin de demeurer compétitifs. Les syndicats sont sur une ligne voisine, mais surtout attentifs à l’emploi. L’Etat a les yeux sur le long terme il est préoccupé par notre degré d’indépendance énergétique . Mais c’est lui qui devra arbitrer entre les opinions et les intérêts antagonistes. Et il sait que ce ne sera pas chose facile.

A l’heure actuelle, notre pays consomme 170 millions de tonnes équivalent pétrole . Le pétrole et ses dérivés en représentent la plus grosse part, avec 45 % du total. Le gaz, 21 %. L’électricité, 22 %. Cette électricité, dont il faut reconnaître que nous la payons encore 23 % moins cher en moyenne que nos voisins d’Europe, provient à 73 % du nucléaire civil, à 14 % des énergies renouvelables, à 11 % des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon). La France est le pays du monde qui a le plus misé sur l’électricité nucléaire , puisque celle-ci représente près des ¾ de la production, contre moins de 20 % aux Etats-Unis. On sait aussi que l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, le Japon et l’Italie ont choisi de sortir du nucléaire, tandis qu’à l’opposé, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Grande-Bretagne, la Russie et la Pologne, développent des programmes de centrales nucléaires.

L’électricité bon marché aura été la chance et le malheur de la France . La chance, parce qu’elle a permis à notre pays, à ses industriels en particulier, de disposer d’une énergie sûre et moins coûteuse que ses concurrents. La chance aussi, parce que l’électricité d’origine nucléaire est sensiblement moins polluante que ne le sont les centrales à gaz et surtout à charbon. Ce n’est pas un hasard si la contribution de notre pays aux émissions mondiales de gaz à effet de serre est de 1 % du total, contre 18,5 % aux Etats-Unis, et un peu plus en Chine. Son malheur, parce qu’elle nous a habitués à la dépenser inconsidérément. Nos bâtiments sont mal conçus et mal isolés. Ils accaparent 40 % de l’énergie consommée, contre 30 % pour les transports et 28 % pour l’industrie.

Quels que soient les choix qui seront faits, il faut savoir que les coûts seront faramineux. Le prix du baril de brut pourrait bien doubler d’ici 2035, car l’exploitation des nouvelles sources (pétrole de schiste) sera beaucoup plus coûteuse. Or, aujourd’hui, les importations de gaz et de pétrole comptent déjà pour 71 % de notre déficit commercial . Si nous décidons de prolonger la durée de vie de nos centrales nucléaires au-delà de leur 40° anniversaire, il faudra y engager de coûteux travaux. Développer les énergies vertes, comme nous nous y sommes engagés lors du Grenelle de 2009 sera plus cher encore, car il s’agit de sources intermittentes, qui exigent de transformer nos réseaux. Nous subventionnons actuellement l’électricité issue du photovoltaïque en la rachetant à un prix 5 fois supérieur au cours normal (270 Euros contre 50). C’est le consommateur qui paie. Et il va payer de plus en plus. A quel niveau, la facture sera-t-elle ressentie comme insupportable ?

Il ne faut pas se tromper de stratégie. Toute erreur se paiera en dizaines, voire en centaines de milliers d’emplois… Mais si cette manifestation devait déboucher sur une série de mesurettes, chacune étant destinée à satisfaire un lobby particulier, notre pays le paierait, en outre, d'un déficit de stratégie.

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