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Trop de médicaments

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À retrouver dans l'émission

Tous les ménages devraient avoir sur la table du salon le livre des professeurs Philippe Evin et Bernard Debré. Tous ceux qui ont déjà leur Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles, ou dangereux, ont pris l’excellente habitude de le consulter à chaque prescription. Savoir qu’un médicament est faiblement efficace, qu’il a des effets secondaires indésirables, voire que le prendre est carrément risqué, permet de dialoguer avec le médecin qui vous l’aura prescrit.

En effet, si l’on en croit la revue médicale indépendante Prescrire, un nouveau médicament mis sur le marché sur cinq s’avère dangereux et ne devrait pas obtenir l’autorisation pour cause de « balance bénéfices/risques défavorable ». Pas étonnant, lorsqu’on découvre, à vous lire, Philippe Evin, comment les firmes pharmaceutiques multiplient les pseudo-nouveautés en recopiant les formules de leurs anciens médicaments, afin d’en conserver les brevets pendant 10 ans de plus, comment ces mêmes firmes inventent de pseudo-maladies nouvelles, afin d’écouler de nouveaux médicaments, censés les combattre, ou truquent allègrement leurs tests en recrutant des « malades » cobayes non représentatifs…

En octobre 2012, plusieurs grands professeurs en médecine ont lancé un appel intitulé « Pour une autre politique du médicament ». « Les Français consomment trop de médicaments inutiles et exagérément coûteux. Sans dommage, on pourrait diviser leur nombre par quatre, passant de 4.000 à 1. 000 médicaments. La responsabilité est partagée entre les industriels, l'Etat, et les prescripteurs", écrivent-ils. Mais pourquoi se priver quand c’est gratuit et que la carte verte de la Sécurité sociale est considérée comme rechargeable à volonté ?

Résultat, nous consommons, par an, 25 000 tonnes de médicaments dont – je cite les professeurs Evin et Debré – « les prix ne cessent d’augmenter alors que les nouvelles molécules sont de moins en moins efficaces ». Deux fois plus que les Britanniques, 30 % de plus que les Allemands ou les Néerlandais, sans nous en porter mieux. Ces dépenses inconsidérées – 18 % des dépenses totales de santé – plombent la Sécurité sociale.

Du moins devrait-on avoir confiance dans les agences de contrôle que l’Etat a multipliées pour dégager sa propre responsabilité. Mais à vous lire, on découvre que leurs membres sont, dans la grande majorité des cas, liés à l’industrie pharmaceutique, qui non seulement financent leurs travaux, mais leur octroient des actions, afin de les intéresser directement à la progression de leur chiffre d’affaires…

Pas étonnant, dans ces conditions, si les scandales sanitaires se suivent. Sans remonter jusqu’à l’affaire du talc Morange, dans les années 1970, à l’hormone de croissance qui n’a été retirée en France qu’en 1988, à l’Isoméride, coupe-faim très prescrit aux obèses dans les années 80 et 90, alors qu’il était à l’origine de graves problèmes cardiaques, contentons-nous des scandales du Médiator, des prothèses PIP, les plus récents.

Le dernier en date concerne donc la pilule contraceptive de 3° et 4° génération. Dès le début des années 90, les responsables sanitaires de plusieurs pays – allemands, en particulier – ont évoqué les risques de thrombose et de phlébite présentés par ces pilules. Comme l’écrit le professeur Bernard Bégaud dans le Figaro, « comme à chaque fois, on feint de découvrir ce qui est connu depuis quinze ans : un excès de risque ne se justifiant que dans certaines situations ».

Sur le HufPost, le dr. Frédéric Bizard fait remarquer que « c’est la mobilisation d’acteurs issus de la société civile, la judiciarisation et la médiatisation » qui ont, chaque fois permis, de faire éclater les crises sanitaires et d’obtenir le retrait des médicaments coupables.

Un grand bravo à la société civile, aux média et aux juges… Mais à quoi servent toutes ces agences, hautes autorités et hauts fonctionnaires, censés nous protéger ?

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