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Trop tard, trop long

3 min
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Ca a commencé trop tard, pour finir également beaucoup trop tard. Qu’avions-nous besoin de cette pathétique mise en bouche de près de trois quarts d’heures pendant lesquelles on voit les challengers descendre de voiture, serrer la pince aux puissants et aux autres et répondre trois fois de suite à la question : quel est votre état d’esprit ? On sait depuis longtemps que lorsque les journalistes n’ont rien de pertinent à dire, la question qu’ils posent est : « Qu’est-ce que vous ressentez ? », puis « Qu’es-ce que vous avez ressenti ? »

Gageons que si les choses avaient commencé à 20 h et non 21, les esprits auraient été moins échauffés et le débat d’une meilleure tenue. D’ailleurs, le rituel du « grand débat » unique et final où tout se dit et tout se joue, doit être remis en question.

On a vite compris quels seraient les angles d’attaque respectifs et ils n’étaient pas les bons.

François Hollande avait choisi d’attaquer le bilan de Nicolas Sarkozy – mais à quel moment de cette présidence si particulière s’en prendre ? Aux décisions des débuts, marqués par l’euphorie et la volonté de réforme tous azimut ? Ou à celles prises, en défensive, pour tenter de protéger le pays de la crise ? Face à cette difficulté, le candidat de la gauche a changé son angle de tir en accusant celui de la droite d’incohérence et de népotisme.

Nicolas Sarkozy, lui, avait sous-estimé les capacités de son rival ; il voulait faire ressortir des défauts qu’il lui prête : indécision, esprit partisan, légèreté, méconnaissance des réalités. Dans les faits, il a offert à François Hollande de nombreuses occasions de démontrer que ce portrait était erroné et que le François Hollande candidat à la présidence de la République, sûr de lui, tranchant, décidé, n’est plus le François Hollande, jovial et accommodant, qu’on a connu à la tête du Parti socialiste.

Tactiquement, Hollande a fort bien joué sa partie, en acculant Sarkozy à défendre un bilan qui n’est pas bon : hausse du chômage, de la dette publique, du déficit commercial. Il est vite devenu difficile au président sortant de proposer son programme, devant l’objection automatique : que ne l’avez-vous fait plus tôt ? Du coup, Sarkozy apparaissait sur la défensive – ce qui était le but du jeu, mais ce correspondait pas à la stratégie d’un candidat qui a 6 points de retard dans les sondages sur son rival.

Mais techniquement, Sarkozy qui par la force des choses est davantage au fait des chiffres, a marqué des points, d’une part en montrant que bien des propositions faites par Hollande pour redresser l’économie étaient déjà en œuvre, d’autre part, en faisant ressortir la grande incertitude qui pèse encore sur les moyens par lesquels le candidat de la gauche entend rééquilibrer le budget de l’Etat et des comptes sociaux en fin de mandat.

Finalement, cette confrontation a moins porté sur les moyens de réduire les déficits publics et d’alléger le fardeau de la dette que sur la nécessité de rassembler le pays . Chacun a accusé l’autre d’être l’homme d’un parti, d’un clan, le représentant d’une seule moitié du pays, tout en se présentant lui-même comme l’incarnation de l’ouverture et de l’unité nationale. Et là, bien sûr, tout téléspectateur trouvera, évidemment, son candidat supérieur à l’autre.

Mais je voudrais surtout relever que l’agressivité déployée de part et d’autre a eu pour effet de dramatiser un affrontement entre deux programmes qui, en réalité, ne s’opposent que marginalement. Les finances publiques sont si dégradées, les marges de manœuvre si étroites , que l’opinion sait bien que quiconque promettrait la lune serait incapable de tenir ses promesses. Qu’on ne nous refasse pas le vieux coup de la lutte entre deux conceptions du monde. Ce n’est pas un choix de civilisation qui nous est proposé dimanche, seulement un tri entre deux personnalités.

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